mom it's not a phase, it's phil collins
Un de mes ex disait: à l’instant précis où tu te sens alignée, t’as la tête qui réclame Phil Collins.
Je suis donc alignée depuis environ deux jours. Phil Collins mental en boucle. Voilà. C’est ça, 2026. La promesse futuriste s’est arrêtée sur un synthé un peu humide et une batterie qui pleure doucement. Régression totale, assumée, presque militante.
Je ne me suis même pas tiré les cartes. C’est dire le niveau de lâcher-prise. Quand tu ne ressens plus le besoin de demander à des bouts de carton si tout va mal aller, c’est que tu es soit très sage, soit déjà morte intérieurement. J’hésite encore.
Je vis dans le moment. Une expression que je déteste habituellement parce qu’elle sent la retraite yoga subventionnée et le quinoa tiède. Mais là, non. Là c’est du présent brut. Du présent sans projet. Sans vision board. Sans nouveau départ écrit en Helvetica.
Je lis beaucoup. Enfin, je relis beaucoup. Ce qui est toujours un signe de fatigue civilisationnelle. Je retourne aux valeurs sûres: des romans classiques qui parlent de cul, de fantômes et de meurtres. Les trois piliers d’une santé mentale stable.
Je me suis enfilé Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly: des femmes sublimes, malsaines, déterminées à ruiner des existences avec une élégance rare. Un livre qui rappelle que le mal n’a jamais eu besoin d’hommes virils ni de plans machiavéliques : un regard, un secret, un silence bien placé suffisent.
Puis La Vénus d’Ille de Mérimée, ou comment une statue en bronze peut foutre plus de bordel qu’un groupe WhatsApp familial. Du désir, du surnaturel, une punition sèche et définitive. Court, net, efficace. Le genre de récit qui ne te demande pas ton avis.
Je pense enchaîner avec La Tour d’écrou de Henry James, histoire de me perdre dans une ambiguïté bien propre, bien psychologique, bien poisseuse. Des fantômes peut-être imaginaires, une gouvernante peut-être folle, des enfants peut-être corrompus. Le doute comme sport national.
Et puis, dans un grand écart culturel absolument splendide, j’ai commencé La famille Rose. Une série française sur une famille de cannibales qui sillonne le pays pour trouver à bouffer. Du terroir, du lien familial, de la débrouille. Une version très honnête de la France périphérique, finalement.
Je trouve ça rassurant, cette cohérence bancale: alterner des textes du XIXe siècle et des fictions contemporaines où les gens mangent leurs voisins. Comme si, au fond, rien n’avait vraiment changé.
Alors oui, si l’alignement ressemble à Phil Collins, à des fantômes lubriques, à des crimes feutrés et à du cannibalisme domestique…
Je prends.
C’est peut-être ça, être adulte en 2026: régresser avec style, relire les morts, et accepter que le futur n’arrivera pas.
In the air tonight, comme on dit.
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