J'ai mal aux dents. Pas le genre de mal aux dents discret qui te rappelle poliment que t'as pas raté un rendez-vous chez le dentiste. Le genre de douleur qui s'installe comme un colocataire non désiré, qui prend toute la place, qui mange ta nourriture, qui te regarde dormir. La douleur dentaire c'est une des grandes injustices de l'existence parce qu'elle est à la fois insupportable et complètement ridicule à expliquer aux autres. T'as mal aux dents. C'est pas une guerre, c'est pas un deuil, c'est pas quelque chose qui justifie qu'on t'apporte une soupe et qu'on te tienne la main. Et pourtant tu veux juste caner. Tu veux t'allonger par terre et attendre que quelqu'un vienne t'identifier.
Donc à part me plaindre, je n'ai rien fait cette semaine. Enfin si, j'ai joué aux fléchettes et j'ai gagné, ce qui est peut-être la seule chose qui m'a maintenue en vie. Il y a quelque chose de profondément satisfaisant dans le fait de lancer un objet pointu avec précision quand tu souffres. Une forme de catharsis low-cost. Je recommande à tout le monde, surtout en période de crise dentaire, de découvrir qu'on est meilleur aux fléchettes qu'on pensait. Ça ne remet pas les dents en état mais ça remet le moral à peu près à la verticale.
J'ai aussi des envies de blind test en ce moment. C'est une pulsion qui revient périodiquement, comme les épisodes de grippe ou l'envie soudaine de réorganiser ses placards. Jéhanne me parle tout le temps de ses victoires et j'ai compris que ce qu'elle me vend sans le savoir ce n'est pas du divertissement, c'est de la thérapie. Parce que le blind test c'est un des rares endroits dans la vie adulte où les compétences qu'on a développées par accident deviennent des super-pouvoirs. Connaître l'intégralité du catalogue de tubes pourris des années 80 parce qu'on traînait dans la cuisine de sa mère pendant qu'elle faisait la vaisselle, c'est inutile dans à peu près tous les contextes sauf celui-là. Et là c'est une arme de destruction massive. Je veux cette victoire. J'en ai besoin. C'est mon truc, ça, d'ailleurs. Toujours partante pour être une meilleure version de moi-même, surtout quand ça implique d'écraser des gens sur des questions de Patrick Sébastien.
Sinon, toujours en attente de la nouvelle saison d'Euphoria. Le machin traine tellement à sortir que j'ai eu le temps de sombrer dans la drogue et d'en sortir. Ce qui est quand même un arc narratif personnel assez complet pour une période d'attente entre deux saisons. HBO sait probablement quelque chose qu'on ne sait pas. Peut-être que la saison 3 sort dans un format réalité augmentée directement dans notre cortex et qu'ils attendent juste que la technologie suive. Peut-être qu'ils finissent les décors à la main. Peut-être que Sam Levinson a eu une autre idée de génie à trois heures du matin et qu'ils ont tout recommencé. Dans tous les cas j'attends et je vieillis et la douleur dentaire continue.
Après, la vraie raison pour laquelle j'ai hâte c'est Alexa Demie. Pas le show, pas les twists, pas savoir ce qui arrive à Rue. Alexa Demie. Je ne sais pas exactement ce qu'elle était censée devenir quand elle a débarqué dans Euphoria mais je crois qu'elle est devenue quelque chose qui n'avait pas de case prévue. Une icône c'est un mot qu'on utilise trop et mal mais là je crois qu'il s'applique vraiment, pas parce qu'elle joue bien, pas parce qu'elle est belle, mais parce qu'elle existe d'une façon qui dépasse complètement le cadre du rôle. Je ne sais pas comment elle fait ça. Je soupçonne que c'est inné et que ce n'est pas enseignable et que ça rend jaloux tout le monde qui essaie très fort de rayonner sans y arriver.
Je commence à m'endormir. Les cachets commencent à faire effet et ma dent se tait enfin, provisoirement, le temps que la chimie fasse son travail. C'est ça aussi la vie adulte. Pas la sagesse, pas la sérénité, juste l'ibuprofène qui finit par gagner. Bonne nuit.
W U N D E R K I N D
shambolic gonzo - part II
there's a time to f*** and a time to crave
I hope you die
the drama
Je pensais regarder une histoire d'amour un peu stylée, un peu triste, avec Zendaya qui te regarde comme si elle savait déjà que ça allait mal finir. J'étais prête pour une intensité émotionnelle classique, le genre que tu encaisses, que tu digères, et puis tu passes à autre chose.
Sauf que The Drama n'a absolument rien de classique. Au début, presque tu te détends. Tu crois comprendre: deux personnes, une relation, des tensions, des non-dits. Terrain connu. Je me suis même surprise à projeter des morceaux de moi dedans, des vieux réflexes, des trucs que je pensais avoir réglés. Et puis le film te trahit. Pas subtilement, pas joliment. Il te lâche une vérité au visage et il te regarde te débrouiller avec.
A partir de là, ça bascule vraiment. Ce n'est plus une histoire de couple, c'est une question beaucoup plus dérangeante: jusqu'où tu peux aimer quelqu'un quand tu apprends quelque chose sur lui que t'aurais préféré ne jamais savoir. Pas une trahison classique, pas un truc qu'on a des mots pour gérer. Quelque chose qui te force à te demander ce que t'aurais fait, toi, à sa place. Et franchement, je n'avais pas envie de répondre à ça un mardi soir. Zendaya est dérangeante de justesse. Elle ne cherche jamais à se faire aimer, elle ne t'aide pas à l'excuser, elle existe juste, et c'est à toi de décider ce que tu fais de ça. Et le film fait pareil. Il ne donne aucune morale, aucune solution, aucun petit pansement émotionnel à la fin. Juste toi, ton malaise, et cette question qui reste coincée quelque part.
Ce que j'ai trouvé presque violent, c'est la manière dont le film joue avec toi. Il te fait croire à une structure familière, presque confortable, pour mieux tout casser derrière. Comme certaines relations, d'ailleurs. Celles où tu penses savoir où tu mets les pieds, jusqu'au moment où tu réalises que tu n'as rien compris. À un moment, j'ai eu envie de fuir, pas parce que c'était dur émotionnellement, mais parce que ça devenait moralement inconfortable. Tu te demandes de quel côté tu es censée être, et en fait il n'y en a pas. C'est peut-être ça, le truc le plus honnête du film. Il refuse de te dire quoi penser et il refuse même de te laisser tranquille.
Visuellement, c'est froid, presque clinique par moments, comme si les sentiments étaient disséqués sous néon. Ça m'a rappelé ces phases où tu observes ta propre vie à distance, où tu sens que quelque chose cloche mais tu n'arrives pas encore à mettre des mots dessus. Sauf qu'ici, les mots arrivent, et tu aurais presque préféré qu'ils restent cachés.
A la fin, je n'ai pas ressenti de catharsis, pas de soulagement, juste un silence un peu lourd et une pensée pas très confortable. On parle souvent d'aimer quelqu'un pour ce qu'il est vraiment, mais on ne parle jamais de ce que ça implique quand ce qu'il est dépasse ce que tu es capable d'accepter. The Drama ce n'est pas un film que tu regardes pour te sentir compris, c'est un film qui te met face à tes propres limites, et je ne suis pas sûre d'avoir aimé ça, mais je sais que je ne vais pas l'oublier.
run for the hills
Il y a des matins qui nécessitent l'écoute accrue de Taylor Swift et de Blink 182. Ok, c'est grand écart mais vous savez ma passion pour les étirements depuis le temps. Je trouve qu'il y a une énergie un peu similaire. Un peu déconne, un peu bonne humeur. Un truc qui boost sur tous les terrains de ta personne. L'humour et l'élan. Je préfère avoir ça comme diesel maintenant plutôt que la colère. La colère, ça use, ça donne une sale peau, ça stocke les mauvaises graisses. Blink 182 (et même Sum 41 ou Bowling For Soup), c'est la white girl dance par excellence. Je peux pas l'expliquer, c'est ce que je ressens jusqu'au fin fond de mes doigts de pieds.
Ce que j'aime dans ce genre de musique, c'est qu'elle ne te demande rien. Pas d'introspection, pas de bilan, pas de regarder en face quelque chose que tu n'as pas forcément envie de regarder en face à huit heures du matin. Elle te prend juste par la main et elle dit on y va. C'est con et c'est parfait. La colère, j'ai essayé longtemps, comme carburant. Ça marche, personne va dire le contraire, ça fait avancer, ça fait même aller vite. Mais le problème de la colère comme diesel c'est que t'arrives à destination complètement cramée et avec une tête de quelqu'un qui a passé dix ans à conduire de nuit sous la pluie. Taylor Swift et Blink 182 t'amènent au même endroit mais t'as l'air d'avoir passé un bon moment.
Jolie matinée, je suis sortie tôt ce matin pour prendre un peu l'air. Il faisait froid mais j'ai fini par ne plus y prêter attention. Je me suis posée au bord du lac. J'avais amené avec moi un chai tea latte dans un thermos, ce qui représente à la fois le summum de l'organisation personnelle et l'aveu d'un deuil profond. Le grand drame de ma vie c'est que des coffee shops n'ouvrent pas à sept heures comme aux USA au lieu de se le préparer. Je fais partie de la génération des gamins qu'on ruine, laissez nous dépenser sept euros pour un truc qu'on peut faire chez soi pendant qu'on prend soin de son âme dans un parc en regardant des canards sur une étendue d'eau, merde à la fin. Après, c'est peut-être juste mon côté blondasse de Los Angeles qui parle.
Les canards au bord du lac à sept heures du matin c'est une société qui fonctionne, soit dit en passant. Personne la ramène, tout le monde vaque à ses occupations, il y a une hiérarchie claire et personne passe son temps à la remettre en question. J'ai regardé ça un bon moment en buvant mon chai et j'ai pensé que j'avais beaucoup à apprendre des canards.
Je pense de plus en plus à me refoutre en arrêt maladie. Je repense beaucoup à la sensation que j'ai éprouvée l'année dernière, à la même période. Comment ça m'a refoutu sur les rails. Pas que je quitte la route, mais j'ai un sentiment d'inachevé. Que je n'ai pas pu aller jusqu'où j'aurais dû aller. Que toutes les portes n'ont pas été totalement bien défoncées. Se poser, prendre le temps. Du temps de qualité. On ne réalise pas le luxe que c'est.
Le truc avec l'arrêt maladie c'est que dans notre tête ça reste associé à quelque chose qui va pas. Alors que des fois c'est juste reconnaître que tu as besoin d'espace pour finir ce que tu as commencé à l'intérieur. Que le chantier n'est pas terminé. Que tu as arraché du papier peint moche mais que tu n'as pas encore eu le temps de bricoler derrière. Et que si tu repars au boulot maintenant tu vas juste remettre une armoire devant le mur pour pas le voir. Moi je veux peindre le mur. Je veux même choisir la couleur cette fois.
I don't know where to start, it turned into an art
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J’ai terminé ma boîte de chocolats et je pense que je n’aurais pas dû. Vous voyez, dans la vingtaine, c’était l’alcool qui nous foutait en vrac. Maintenant, c’est du putain de sucre avec deux noisettes bio et un packaging minimaliste. On a troqué les gueules de bois contre des crises existentielles glycémiques. Franchement, c’est une évolution discutable.
Dans la foulée, j’ai retrouvé mon carnet à idées de cons, celui où je note des trucs quand mon cerveau hésite entre illumination et carence en magnésium. J’ai écrit faire un podcast. Et ça m’a fait marrer toute seule, parce qu’à l’adolescence, c’est exactement le genre de truc que j’aurais méprisé. Les conversations entre filles me fatiguaient. Pas pour les sujets, mais pour la mise en scène permanente. On n’était jamais juste en train de parler. On était en train de se positionner. Fallait toujours se justifier d’être une pute ou une prude, trouver la bonne distance, le bon rôle, le bon discours. C’était moins des échanges que des plaidoiries. Et moi, j’avais ni l’énergie ni l’envie de défendre un personnage.
Je crois que c’est pour ça que l’idée du podcast me revient maintenant. Parce que j’ai arrêté de m’excuser pour des trucs qui me définissent et que, du coup, je sais plus quoi faire de tout ce temps libre. Là où avant il y avait un open bar de culpabilité, il y a un grand vide un peu flippant. J’erre dans ma propre vie comme quelqu’un qui a résilié son abonnement à l’auto-flagellation sans trop savoir ce qu’il y avait après. Alors je teste. Je dis non sans rédiger une thèse. Je mange des pâtes à 23h sans convoquer un comité d’éthique. J’existe sans me justifier comme si j’étais en garde à vue émotionnelle.
Et forcément, dans cet espace-là, l’idée de parler revient autrement. Pas pour performer, pas pour cocher des cases, pas pour prouver qu’on est du bon côté de quoi que ce soit. Juste pour voir ce que ça donne quand on arrête de se surveiller. Peut-être que ce podcast, ce serait ça. Des conversations où on ne plaide pas notre cause en permanence. Où on peut être contradictoires, un peu ridicules, pas toujours exemplaires. Où on peut dire des trucs légers sans les alourdir pour leur donner de la valeur, et dire des trucs sérieux sans les transformer en manifeste.
Ce que je comprends maintenant, c’est que la culpabilité, c’est un boulot à plein temps. Un boulot mal payé, sans congés, avec un manager intérieur particulièrement chiant. Et quand tu démissionnes, t’as des heures entières à remplir avec autre chose. Le problème, c’est que personne te dit avec quoi. Alors tu tâtonnes. Tu manges des chocolats en promo. Tu notes des idées dans un carnet. Tu regardes ta vie comme un appartement vidé dans lequel il va falloir remettre des meubles, mais cette fois ceux que tu choisis vraiment.
Je sais pas encore ce que je mets dedans. Peut-être un micro. Peut-être rien. Mais pour la première fois, la question ne me fait pas peur.
I'm on the outside of the greatest inside joke
Ça faisait deux semaines que je n'avais pas lu un bouquin. Deux semaines. Pour quelqu'un qui structure sa vie affective autour de la lecture, c'est le genre de stat qui justifie qu'on sonne l'alarme, qu'on prévienne les proches, qu'on ouvre une cellule de crise. Je l'ouvre donc ici, sur ce blog, parce que c'est à ça que ça sert.
La recherche d'un truc à lire a été moins glorieuse que prévu. J'aurais pu tomber sur un roman qui allait me changer la vie, sur une essayiste que je ne connaissais pas encore, sur n'importe quoi d'un peu ambitieux. Je suis tombée sur un vieux cahier de mots mêlés. Et la vérité, la vérité un peu difficile à admettre, c'est que j'étais contente. Vraiment contente. Parce que les mots mêlés c'est une des grandes joies discrètes de l'existence, le genre de plaisir qu'on ne revendique pas en société mais qu'on pratique avec une régularité et une ferveur qui feraient honte si quelqu'un regardait.
Donc j'ai fait ce qui s'imposait. Je me suis chauffée une bouillote, je l'ai fourrée derrière mon dos qui me trahit depuis quelques semaines, je me suis installée, et j'ai passé un moment en osmose complète avec mon moi de quatre-vingts ans. C'était bien. C'était même très bien. Et ça m'a posé une question sur laquelle je bute encore un peu : est-ce que je vais être ce genre de vieille ?
La réponse honnête c'est non, probablement pas. Ou alors oui, mais autrement. Parce que quand j'essaie de me projeter dans ma vieillesse, ce que je vois ce n'est pas une bouillote et des mots mêlés dans un appartement silencieux. Ce que je vois c'est le PMU du bas de ma rue. J'y vais tous les midis, je mange ce qu'il y a, je connais les gens par leur prénom ou par leur habitude, et de temps en temps je joue aux courses sans vraiment savoir ce que je fais mais avec beaucoup de conviction. Ce genre de vieille. Celle qui a un endroit à elle qui n'est pas chez elle, une table qu'on lui garde sans qu'elle ait besoin de demander, et une façon d'occuper l'espace qui dit clairement qu'elle a arrêté depuis longtemps de chercher l'approbation de quiconque.
Finalement je crois que les deux coexistent. La bouillote et le PMU. Le dedans et le dehors. Les mots mêlés un soir de semaine et les courses le samedi midi avec un demi pression. Ce n'est pas une contradiction. C'est juste un programme.
friday nights

J'ai écouté le podcast d'Alice Underground avec Sara Forestier hier après-midi, et ça m'a donné une envie immédiate de lire sa BD Maudite du cul, ce qui est en soi un petit miracle, parce que la BD n'est pas vraiment mon territoire naturel. Mais c'est ça le truc avec ce format quand il est bien fait. Il crée du désir pour des objets auxquels tu n'aurais pas pensé tout seul. Pas par conviction, pas par argument, juste par contamination. Tu passes du temps avec quelqu'un qui aime quelque chose et tu repars avec l'envie de l'aimer aussi. C'est exactement ce que la promo traditionnelle est incapable de faire.
Parce que la promo traditionnelle, justement, c'est le contraire. C'est quelqu'un qui te convainc de vouloir quelque chose en ayant l'air de ne rien vouloir du tout, neutre, poli, calibré pour ne froisser personne. Ce que j'aime dans le podcast d'Alice, c'est que ça ressemble à une conversation entre amies qui auraient oublié qu'on les enregistre. La différence est immense. Dans un cas tu es spectatrice d'une performance. Dans l'autre tu es invitée dans une pièce.
Ça rejoint quelque chose que j'ai toujours su sur moi-même. Je déteste l'interview. Profondément, physiquement. Le format en lui-même, la mécanique question-réponse, la politesse obligatoire des deux côtés, le fait que tout le monde sait exactement quel rôle il joue et le joue consciencieusement. Les rares fois où je m'y suis pliée, c'était à mes conditions. Je me souviens d'une fois avec Mark Cohen, sur un banc, à regarder un pigeon manger des graines. On avait tous les deux besoin de ça après le point presse auquel on venait d'assister, l'un de ces moments collectifs où l'ennui atteint une forme de pureté presque mystique. Le pigeon avait plus de présence que n'importe quel attaché de presse de la journée.
Ce que je cherche dans un échange, c'est l'instant où la personne en face lâche quelque chose qu'elle n'avait pas prévu de dire. Pas un scoop, pas une confidence calculée pour faire du buzz, juste un moment de vrai, qui arrive parce que l'atmosphère était assez bonne pour le permettre. Comme quand on a suffisamment confiance pour ouvrir une bouteille de blanc sans demander si l'autre boit. Alice Moitié sait faire ça. La preuve : on se retrouve avec l'anecdote de la fille qui a frotté son clitoris contre le crâne d'un chauve, et au lieu de trouver ça déplacé on trouve ça parfait, exactement à sa place, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde d'en parler à quinze heures un mercredi.
Le reste de la journée a été tranquille. J'ai emmené Francette chez la toiletteuse pour son premier bain. Elle en est revenue auréolée d'un parfum de talc, légèrement transformée, un peu plus consciente de sa propre dignité. En ce moment elle a littéralement mis son cul sous mon nez pendant que j'écris ces lignes. Je pense que c'est ma définition du bonheur: un bon podcast, une envie de BD que je n'avais pas prévue, et un cul de chien qui sent la poudre pour bébé à vingt centimètres de mon visage.
réclames
Si vous saviez à quel point j'attends le weekend. Déjà parce que j'ai prévu de faire overdose de chocolats, mais aussi parce que j'ai un super totebag à broder et que ça me rempli de joie (oui je suis une grand-mère sexy, pas besoin de me le dire).
Une note rapide, donc, qui va plus avoir des airs de promo et autre personal branling. Déjà, le nouveau numéro du Gospel va sortir à la mi-mai et dans lequel j'ai posé ma petite signature. Ca faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu de numéros et je me souviens que ça m'avait bien soûler de ne pas participer au dernier en date (qui donc est l'avant dernier maintenant).Vous savez, c'était cette idée de con que j'ai eu de parler de Deftones et de Britney Spears car j'aime marier les contraires. Après, on me donne pour thématique le nu metal, bien évidemment que j'allais parler de cul, pour qui vous me prenez? Si vous voulez commander et je vous y encourage (menace?), c'est par ici. Et tant qu'à faire, n'hésitez pas à regarder les bouquins de la maison d'édition, comme ça vous pourrez passer pour les it girls de vos apéritifs dinatoires (on a près de quarante ans et on a tous des boulots d'adulte, on est censé faire des apéritifs dinatoires, c'est pas moi qui fais les règles).
attention. ce post est pour les lovers.
Munissez-vous de guimauve, de roses rouges et de bougies Yankee Candle. De mon côté, il y a un cendrier qui déborde et une série de questions que je n’ai plus envie de faire taire.
Depuis quelque temps, je fais un bilan. Pas celui, un peu théâtral, qu’on fait à vingt ans pour donner une forme à sa souffrance. Un bilan plus calme, plus précis, sans le filtre romantique qu’on applique souvent a posteriori pour rendre certaines histoires supportables. Je regarde les choses comme elles ont été. Les élans, les ratés, les moments de présence réelle et ceux, plus nombreux qu’on ne voudrait l’admettre, où l’on reste sans être vraiment là.
Et ce qui revient, avec une régularité presque mécanique, c’est ça. Je suis une excellente amie. Loyale, disponible, capable de soutenir quelqu’un sans compter. Mais une compagne, au sens classique du terme, au sens attendu, celui qui mène quelque part de défini, je ne suis pas certaine de l’avoir jamais été. Ni même d’avoir réellement cherché à l’être.
C’est là que le malentendu commence. Parce que, de l’extérieur, je coche suffisamment de cases pour que l’histoire paraisse crédible. Pendant longtemps, j’ai cru que cela suffisait. Qu’en réunissant les bons éléments, attention, humour, stabilité relative, quelque chose finirait par tenir. Comme si l’amour relevait d’une logique d’assemblage. Or, ce n’était pas tant une tentative sincère qu’une forme d’adhésion à un scénario que je n’avais jamais vraiment interrogé.
Ce scénario, je l’ai pourtant toujours tenu à distance. Très tôt, sans fracas, sans revendication particulière, certaines choses ne faisaient simplement pas partie de ce que j’imaginais pour moi. Le mariage, les enfants biologiques, une trajectoire linéaire. Ce n’était ni une posture ni une réaction. Plutôt une forme de cohérence interne, stable dans le temps, construite à partir de ce que j’observais autour de moi.
Et puis il y a eu une rupture qui n’en était pas une. Pas une séparation, pas une fin progressive. Une disparition. Un accident. Quelqu’un que j’aimais vraiment, d’une manière que je n’ai comprise que trop tard. Quelque chose de vivant, justement. Quelque chose que je n’ai pas su chérir à la hauteur de ce que c’était. Et qui s’est arrêté net, sans négociation possible, sans seconde tentative.
La mort a cette brutalité-là. Elle ne laisse aucune place à la réécriture. Elle fige les choses dans leur état imparfait. Elle enlève toute illusion de contrôle. Et surtout, elle rend très difficile de croire encore que la durée, à elle seule, aurait une valeur.
Après ça, certaines évidences ne tiennent plus. L’idée qu’il faudrait préserver à tout prix, tenir coûte que coûte, faire durer même quand l’élan n’est plus là, me paraît plus fragile qu’avant. J’ai vu ce que c’était, quelque chose qui s’arrête sans prévenir. Et ça laisse une trace particulière. Pas seulement du manque. Une forme de lucidité un peu sèche.
Alors oui, j’ai observé aussi les autres. Des couples qui ne se détestent pas vraiment, mais qui avancent par inertie. Des vies partagées qui tiennent davantage par habitude que par désir. Rien de spectaculaire, rien de franchement malheureux. Et c’est peut-être ce qui est le plus troublant. Cette manière de continuer sans se demander si l’élan est toujours là. Comme si la durée suffisait à justifier la présence.
Je ne crois pas que l’amour soit une destination. Ni un contrat qu’il faudrait honorer coûte que coûte. Je le vois plutôt comme une suite de rencontres qui déplacent, qui obligent à se regarder autrement, qui laissent une trace. Pas nécessairement heureuse, mais signifiante. La différence, pour moi, est là. Être transformée plutôt que retenue.
Cela ne signifie pas que tout m’est indifférent. Ni que je sois imperméable à l’attachement, à la peur de perdre, ou même, parfois, à l’envie très simple que quelque chose dure. Mais je me méfie de ce qui dure uniquement parce qu’on a décidé que cela devait durer. De ce glissement discret entre choix et contrainte, entre engagement et renoncement à soi.
On m’a déjà dit que c’était une forme d’immaturité. Je n’en suis plus si sûre. Il me semble au contraire qu’il faut une certaine lucidité pour reconnaître qu’une décision prise à un moment donné ne devrait pas engager toute une vie si elle ne correspond plus à ce que l’on est devenu. La cohérence n’est pas la rigidité. Et rester n’est pas toujours une preuve de profondeur.
S’accrocher à quelque chose qui ne tient plus a souvent plus à voir avec la peur qu’avec l’amour. Peur du vide, peur de recommencer, peur de se retrouver seul face à soi-même sans structure. C’est compréhensible. Mais ce n’est pas, à mes yeux, une base suffisante.
Ce que je cherche, si cela existe, est plus simple et plus exigeant à la fois. Quelque chose de vivant. Une présence qui ne repose pas uniquement sur un cadre, mais sur un choix renouvelé. Non pas fuir, mais choisir. Non pas rester par défaut, mais parce que cela a encore du sens.
Je sais que pour certains, ce sens passe par une construction classique, un foyer, une continuité. Et je n’ai rien à opposer à cela. Simplement, ce n’est pas la forme que cela prend pour moi. Et il m’a fallu du temps pour cesser de considérer cette différence comme un problème à corriger.
L’amour que je conçois aujourd’hui n’est pas celui qui tient parce qu’il est sécurisé. C’est celui qui tient parce qu’il mérite, chaque jour, de continuer à exister. Sans garantie. Sans automatisme. Ou pas du tout.
don't make me dream about you

Je ne sais plus qui disait ça, mais je suis d'accord, je voudrais bien avoir un matelas à mémoire de forme Dua Lipa.
Il a attendu plus de vingt ans.
Le truc avec les crooners c'est qu'on se fout de la gueule des femmes qui les écoutent. Les femmes qui ont un chanteur à elles, une voix qui leur fait un truc quelque part, qu'elles écoutent un soir de semaine en se sentant très mystérieuses. Je les ai regardées longtemps avec cette condescendance tranquille de quelqu'un qui est absolument certain de ne jamais tomber dans ce panneau-là. Ma mère et les autres avec leurs chanteurs amoureux à la con.
Bah voilà.
Ce que je n'avais pas compris petite devant ce clip, ce que j'ai mis vingt ans à formuler, c'est que Chris Isaak ne fait pas de la musique romantique. Il fait de la musique sur ce que le désir fait aux gens. Ce n'est pas la même chose. Le romantisme console. Lui, il ne console pas. Il décrit. Et il décrit avec une précision qui fait mal parce que c'est exactement ça, exactement cette façon qu'ont les choses de nous échapper au moment où on croit les tenir.
Wicked Game n'est pas une chanson d'amour. C'est une chanson sur quelqu'un qui sait très bien ce qui va se passer et qui y va quand même. Ce monde is only gonna break your heart. Il te prévient. Il le dit dès le début. Et t'y vas quand même parce que c'est ça ou rien et que rien c'est pire.
A dix ans je ne savais pas mettre des mots dessus. Mais quelque chose dans ce clip, dans cette plage, dans Helena Christensen et dans la façon dont il la regardait comme si elle était à la fois la meilleure et la pire chose qui lui soit arrivée, quelque chose a dit oui. Ça. Je voulais comprendre ce que c'était.
J'ai mis plus de vingt ans mais j'ai compris.
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