I don't know where to start, it turned into an art


J’ai terminé ma boîte de chocolats et je pense que je n’aurais pas dû. Vous voyez, dans la vingtaine, c’était l’alcool qui nous foutait en vrac. Maintenant, c’est du putain de sucre avec deux noisettes bio et un packaging minimaliste. On a troqué les gueules de bois contre des crises existentielles glycémiques. Franchement, c’est une évolution discutable.

Dans la foulée, j’ai retrouvé mon carnet à idées de cons, celui où je note des trucs quand mon cerveau hésite entre illumination et carence en magnésium. J’ai écrit faire un podcast. Et ça m’a fait marrer toute seule, parce qu’à l’adolescence, c’est exactement le genre de truc que j’aurais méprisé. Les conversations entre filles me fatiguaient. Pas pour les sujets, mais pour la mise en scène permanente. On n’était jamais juste en train de parler. On était en train de se positionner. Fallait toujours se justifier d’être une pute ou une prude, trouver la bonne distance, le bon rôle, le bon discours. C’était moins des échanges que des plaidoiries. Et moi, j’avais ni l’énergie ni l’envie de défendre un personnage.

Je crois que c’est pour ça que l’idée du podcast me revient maintenant. Parce que j’ai arrêté de m’excuser pour des trucs qui me définissent et que, du coup, je sais plus quoi faire de tout ce temps libre. Là où avant il y avait un open bar de culpabilité, il y a un grand vide un peu flippant. J’erre dans ma propre vie comme quelqu’un qui a résilié son abonnement à l’auto-flagellation sans trop savoir ce qu’il y avait après. Alors je teste. Je dis non sans rédiger une thèse. Je mange des pâtes à 23h sans convoquer un comité d’éthique. J’existe sans me justifier comme si j’étais en garde à vue émotionnelle.

Et forcément, dans cet espace-là, l’idée de parler revient autrement. Pas pour performer, pas pour cocher des cases, pas pour prouver qu’on est du bon côté de quoi que ce soit. Juste pour voir ce que ça donne quand on arrête de se surveiller. Peut-être que ce podcast, ce serait ça. Des conversations où on ne plaide pas notre cause en permanence. Où on peut être contradictoires, un peu ridicules, pas toujours exemplaires. Où on peut dire des trucs légers sans les alourdir pour leur donner de la valeur, et dire des trucs sérieux sans les transformer en manifeste.

Ce que je comprends maintenant, c’est que la culpabilité, c’est un boulot à plein temps. Un boulot mal payé, sans congés, avec un manager intérieur particulièrement chiant. Et quand tu démissionnes, t’as des heures entières à remplir avec autre chose. Le problème, c’est que personne te dit avec quoi. Alors tu tâtonnes. Tu manges des chocolats en promo. Tu notes des idées dans un carnet. Tu regardes ta vie comme un appartement vidé dans lequel il va falloir remettre des meubles, mais cette fois ceux que tu choisis vraiment.

Je sais pas encore ce que je mets dedans. Peut-être un micro. Peut-être rien. Mais pour la première fois, la question ne me fait pas peur.

jesus walking on the water

 

HAPPY EASTER, BITCHES!

I'm on the outside of the greatest inside joke

Ça faisait deux semaines que je n'avais pas lu un bouquin. Deux semaines. Pour quelqu'un qui structure sa vie affective autour de la lecture, c'est le genre de stat qui justifie qu'on sonne l'alarme, qu'on prévienne les proches, qu'on ouvre une cellule de crise. Je l'ouvre donc ici, sur ce blog, parce que c'est à ça que ça sert.

La recherche d'un truc à lire a été moins glorieuse que prévu. J'aurais pu tomber sur un roman qui allait me changer la vie, sur une essayiste que je ne connaissais pas encore, sur n'importe quoi d'un peu ambitieux. Je suis tombée sur un vieux cahier de mots mêlés. Et la vérité, la vérité un peu difficile à admettre, c'est que j'étais contente. Vraiment contente. Parce que les mots mêlés c'est une des grandes joies discrètes de l'existence, le genre de plaisir qu'on ne revendique pas en société mais qu'on pratique avec une régularité et une ferveur qui feraient honte si quelqu'un regardait.

Donc j'ai fait ce qui s'imposait. Je me suis chauffée une bouillote, je l'ai fourrée derrière mon dos qui me trahit depuis quelques semaines, je me suis installée, et j'ai passé un moment en osmose complète avec mon moi de quatre-vingts ans. C'était bien. C'était même très bien. Et ça m'a posé une question sur laquelle je bute encore un peu : est-ce que je vais être ce genre de vieille ?

La réponse honnête c'est non, probablement pas. Ou alors oui, mais autrement. Parce que quand j'essaie de me projeter dans ma vieillesse, ce que je vois ce n'est pas une bouillote et des mots mêlés dans un appartement silencieux. Ce que je vois c'est le PMU du bas de ma rue. J'y vais tous les midis, je mange ce qu'il y a, je connais les gens par leur prénom ou par leur habitude, et de temps en temps je joue aux courses sans vraiment savoir ce que je fais mais avec beaucoup de conviction. Ce genre de vieille. Celle qui a un endroit à elle qui n'est pas chez elle, une table qu'on lui garde sans qu'elle ait besoin de demander, et une façon d'occuper l'espace qui dit clairement qu'elle a arrêté depuis longtemps de chercher l'approbation de quiconque.

Finalement je crois que les deux coexistent. La bouillote et le PMU. Le dedans et le dehors. Les mots mêlés un soir de semaine et les courses le samedi midi avec un demi pression. Ce n'est pas une contradiction. C'est juste un programme.

friday nights


J'ai écouté le podcast d'Alice Underground avec Sara Forestier hier après-midi, et ça m'a donné une envie immédiate de lire sa BD Maudite du cul, ce qui est en soi un petit miracle, parce que la BD n'est pas vraiment mon territoire naturel. Mais c'est ça le truc avec ce format quand il est bien fait. Il crée du désir pour des objets auxquels tu n'aurais pas pensé tout seul. Pas par conviction, pas par argument, juste par contamination. Tu passes du temps avec quelqu'un qui aime quelque chose et tu repars avec l'envie de l'aimer aussi. C'est exactement ce que la promo traditionnelle est incapable de faire.

Parce que la promo traditionnelle, justement, c'est le contraire. C'est quelqu'un qui te convainc de vouloir quelque chose en ayant l'air de ne rien vouloir du tout, neutre, poli, calibré pour ne froisser personne. Ce que j'aime dans le podcast d'Alice, c'est que ça ressemble à une conversation entre amies qui auraient oublié qu'on les enregistre. La différence est immense. Dans un cas tu es spectatrice d'une performance. Dans l'autre tu es invitée dans une pièce.

Ça rejoint quelque chose que j'ai toujours su sur moi-même. Je déteste l'interview. Profondément, physiquement. Le format en lui-même, la mécanique question-réponse, la politesse obligatoire des deux côtés, le fait que tout le monde sait exactement quel rôle il joue et le joue consciencieusement. Les rares fois où je m'y suis pliée, c'était à mes conditions. Je me souviens d'une fois avec Mark Cohen, sur un banc, à regarder un pigeon manger des graines. On avait tous les deux besoin de ça après le point presse auquel on venait d'assister, l'un de ces moments collectifs où l'ennui atteint une forme de pureté presque mystique. Le pigeon avait plus de présence que n'importe quel attaché de presse de la journée.

Ce que je cherche dans un échange, c'est l'instant où la personne en face lâche quelque chose qu'elle n'avait pas prévu de dire. Pas un scoop, pas une confidence calculée pour faire du buzz, juste un moment de vrai, qui arrive parce que l'atmosphère était assez bonne pour le permettre. Comme quand on a suffisamment confiance pour ouvrir une bouteille de blanc sans demander si l'autre boit. Alice Moitié sait faire ça. La preuve : on se retrouve avec l'anecdote de la fille qui a frotté son clitoris contre le crâne d'un chauve, et au lieu de trouver ça déplacé on trouve ça parfait, exactement à sa place, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde d'en parler à quinze heures un mercredi.

Le reste de la journée a été tranquille. J'ai emmené Francette chez la toiletteuse pour son premier bain. Elle en est revenue auréolée d'un parfum de talc, légèrement transformée, un peu plus consciente de sa propre dignité. En ce moment elle a littéralement mis son cul sous mon nez pendant que j'écris ces lignes. Je pense que c'est ma définition du bonheur: un bon podcast, une envie de BD que je n'avais pas prévue, et un cul de chien qui sent la poudre pour bébé à vingt centimètres de mon visage.

réclames


Si vous saviez à quel point j'attends le weekend. Déjà parce que j'ai prévu de faire overdose de chocolats, mais aussi parce que j'ai un super totebag à broder et que ça me rempli de joie (oui je suis une grand-mère sexy, pas besoin de me le dire). 

Une note rapide, donc, qui va plus avoir des airs de promo et autre personal branling. Déjà, le nouveau numéro du Gospel va sortir à la mi-mai et dans lequel j'ai posé ma petite signature. Ca faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu de numéros et je me souviens que ça m'avait bien soûler de ne pas participer au dernier en date (qui donc est l'avant dernier maintenant).Vous savez, c'était cette idée de con que j'ai eu de parler de Deftones et de Britney Spears car j'aime marier les contraires. Après, on me donne pour thématique le nu metal, bien évidemment que j'allais parler de cul, pour qui vous me prenez? Si vous voulez commander et je vous y encourage (menace?), c'est par ici. Et tant qu'à faire, n'hésitez pas à regarder les bouquins de la maison d'édition, comme ça vous pourrez passer pour les it girls de vos apéritifs dinatoires (on a près de quarante ans et on a tous des boulots d'adulte, on est censé faire des apéritifs dinatoires, c'est pas moi qui fais les règles).



(j'adore, j'ai l'impression que mon moi adolescent a enfin accompli le sens même de son existence)

Sinon, j'ai aussi sorti la septième édition de Spur après de longs mois de silence, parce que j'avais d'autres trucs à faire et que je sais plus me concentrer sur plusieurs choses en même temps (en vrai, c'est une très bonne nouvelle, au moins j'ai l'air moins hystérique et décoiffé). Mais c'est promis juré, je vais être plus studieuse, j'ai d'ailleurs commencé le huitième opus. Je suis un diesel, ma nouvelle année commence maintenant.

attention. ce post est pour les lovers.

Munissez-vous de guimauve, de roses rouges et de bougies Yankee Candle. De mon côté, il y a un cendrier qui déborde et une série de questions que je n’ai plus envie de faire taire.

Depuis quelque temps, je fais un bilan. Pas celui, un peu théâtral, qu’on fait à vingt ans pour donner une forme à sa souffrance. Un bilan plus calme, plus précis, sans le filtre romantique qu’on applique souvent a posteriori pour rendre certaines histoires supportables. Je regarde les choses comme elles ont été. Les élans, les ratés, les moments de présence réelle et ceux, plus nombreux qu’on ne voudrait l’admettre, où l’on reste sans être vraiment là.

Et ce qui revient, avec une régularité presque mécanique, c’est ça. Je suis une excellente amie. Loyale, disponible, capable de soutenir quelqu’un sans compter. Mais une compagne, au sens classique du terme, au sens attendu, celui qui mène quelque part de défini, je ne suis pas certaine de l’avoir jamais été. Ni même d’avoir réellement cherché à l’être.

C’est là que le malentendu commence. Parce que, de l’extérieur, je coche suffisamment de cases pour que l’histoire paraisse crédible. Pendant longtemps, j’ai cru que cela suffisait. Qu’en réunissant les bons éléments, attention, humour, stabilité relative, quelque chose finirait par tenir. Comme si l’amour relevait d’une logique d’assemblage. Or, ce n’était pas tant une tentative sincère qu’une forme d’adhésion à un scénario que je n’avais jamais vraiment interrogé.

Ce scénario, je l’ai pourtant toujours tenu à distance. Très tôt, sans fracas, sans revendication particulière, certaines choses ne faisaient simplement pas partie de ce que j’imaginais pour moi. Le mariage, les enfants biologiques, une trajectoire linéaire. Ce n’était ni une posture ni une réaction. Plutôt une forme de cohérence interne, stable dans le temps, construite à partir de ce que j’observais autour de moi.

Et puis il y a eu une rupture qui n’en était pas une. Pas une séparation, pas une fin progressive. Une disparition. Un accident. Quelqu’un que j’aimais vraiment, d’une manière que je n’ai comprise que trop tard. Quelque chose de vivant, justement. Quelque chose que je n’ai pas su chérir à la hauteur de ce que c’était. Et qui s’est arrêté net, sans négociation possible, sans seconde tentative.

La mort a cette brutalité-là. Elle ne laisse aucune place à la réécriture. Elle fige les choses dans leur état imparfait. Elle enlève toute illusion de contrôle. Et surtout, elle rend très difficile de croire encore que la durée, à elle seule, aurait une valeur.

Après ça, certaines évidences ne tiennent plus. L’idée qu’il faudrait préserver à tout prix, tenir coûte que coûte, faire durer même quand l’élan n’est plus là, me paraît plus fragile qu’avant. J’ai vu ce que c’était, quelque chose qui s’arrête sans prévenir. Et ça laisse une trace particulière. Pas seulement du manque. Une forme de lucidité un peu sèche.

Alors oui, j’ai observé aussi les autres. Des couples qui ne se détestent pas vraiment, mais qui avancent par inertie. Des vies partagées qui tiennent davantage par habitude que par désir. Rien de spectaculaire, rien de franchement malheureux. Et c’est peut-être ce qui est le plus troublant. Cette manière de continuer sans se demander si l’élan est toujours là. Comme si la durée suffisait à justifier la présence.

Je ne crois pas que l’amour soit une destination. Ni un contrat qu’il faudrait honorer coûte que coûte. Je le vois plutôt comme une suite de rencontres qui déplacent, qui obligent à se regarder autrement, qui laissent une trace. Pas nécessairement heureuse, mais signifiante. La différence, pour moi, est là. Être transformée plutôt que retenue.

Cela ne signifie pas que tout m’est indifférent. Ni que je sois imperméable à l’attachement, à la peur de perdre, ou même, parfois, à l’envie très simple que quelque chose dure. Mais je me méfie de ce qui dure uniquement parce qu’on a décidé que cela devait durer. De ce glissement discret entre choix et contrainte, entre engagement et renoncement à soi.

On m’a déjà dit que c’était une forme d’immaturité. Je n’en suis plus si sûre. Il me semble au contraire qu’il faut une certaine lucidité pour reconnaître qu’une décision prise à un moment donné ne devrait pas engager toute une vie si elle ne correspond plus à ce que l’on est devenu. La cohérence n’est pas la rigidité. Et rester n’est pas toujours une preuve de profondeur.

S’accrocher à quelque chose qui ne tient plus a souvent plus à voir avec la peur qu’avec l’amour. Peur du vide, peur de recommencer, peur de se retrouver seul face à soi-même sans structure. C’est compréhensible. Mais ce n’est pas, à mes yeux, une base suffisante.

Ce que je cherche, si cela existe, est plus simple et plus exigeant à la fois. Quelque chose de vivant. Une présence qui ne repose pas uniquement sur un cadre, mais sur un choix renouvelé. Non pas fuir, mais choisir. Non pas rester par défaut, mais parce que cela a encore du sens.

Je sais que pour certains, ce sens passe par une construction classique, un foyer, une continuité. Et je n’ai rien à opposer à cela. Simplement, ce n’est pas la forme que cela prend pour moi. Et il m’a fallu du temps pour cesser de considérer cette différence comme un problème à corriger.

L’amour que je conçois aujourd’hui n’est pas celui qui tient parce qu’il est sécurisé. C’est celui qui tient parce qu’il mérite, chaque jour, de continuer à exister. Sans garantie. Sans automatisme. Ou pas du tout.

don't make me dream about you



Je ne sais plus qui disait ça, mais je suis d'accord, je voudrais bien avoir un matelas à mémoire de forme Dua Lipa.


Vraiment, ce Chris Isaac, il en fait de ces choses. Petite, devant la télé, le clip de Wicked Game. Chris Isaak en noir et blanc sur une plage avec Helena Christensen qui se tortille dans le sable et personne ne fait semblant que ce n'est pas vraiment un clip musical. C'est du sexe filmé avec un budget et une autorisation de diffusion. Mon cerveau a pris une photo, l'a rangée quelque part, et a attendu.

Il a attendu plus de vingt ans.

Le truc avec les crooners c'est qu'on se fout de la gueule des femmes qui les écoutent. Les femmes qui ont un chanteur à elles, une voix qui leur fait un truc quelque part, qu'elles écoutent un soir de semaine en se sentant très mystérieuses. Je les ai regardées longtemps avec cette condescendance tranquille de quelqu'un qui est absolument certain de ne jamais tomber dans ce panneau-là. Ma mère et les autres avec leurs chanteurs amoureux à la con.

Bah voilà.

Ce que je n'avais pas compris petite devant ce clip, ce que j'ai mis vingt ans à formuler, c'est que Chris Isaak ne fait pas de la musique romantique. Il fait de la musique sur ce que le désir fait aux gens. Ce n'est pas la même chose. Le romantisme console. Lui, il ne console pas. Il décrit. Et il décrit avec une précision qui fait mal parce que c'est exactement ça, exactement cette façon qu'ont les choses de nous échapper au moment où on croit les tenir.

Wicked Game n'est pas une chanson d'amour. C'est une chanson sur quelqu'un qui sait très bien ce qui va se passer et qui y va quand même. Ce monde is only gonna break your heart. Il te prévient. Il le dit dès le début. Et t'y vas quand même parce que c'est ça ou rien et que rien c'est pire.

A dix ans je ne savais pas mettre des mots dessus. Mais quelque chose dans ce clip, dans cette plage, dans Helena Christensen et dans la façon dont il la regardait comme si elle était à la fois la meilleure et la pire chose qui lui soit arrivée, quelque chose a dit oui. Ça. Je voulais comprendre ce que c'était.

J'ai mis plus de vingt ans mais j'ai compris.

Et maintenant j'ai mon crooner à moi. Mon Elvis personnel, mon chanteur amoureux à la con. Je ne me fous plus de la gueule de personne. Enfin si. Mais plus sur ce sujet précis.

pretty girls don't cry they know exactly what they want


Vous remarquerez que ce blog prend des allures de vacances. Je remarque aussi. Mon cerveau essaie de me dire un truc et pour une fois je l'écoute au lieu de lui répondre oui mais.

Je crois que j'ai appris à apprivoiser le dimanche. À le rendre vraiment calme, vraiment reposant, pas juste moins pire que lundi. Je ne sais plus ce que ça fait de stresser d'avance pour la semaine qui arrive, de ruminer une connerie hypothétique un dimanche après-midi comme si c'était un sport de haut niveau. C'est parti. Je sais pas où, je pose pas de questions.

J'alterne entre Laura Nyro et Chris Isaak, et je pense à aller voir Marty Supreme demain. Pas parce qu'il FAUT le voir. Juste parce que j'en ai envie, ce qui est une distinction qui mérite d'être célébrée. Parce que Timothée Chalamet nous a un peu pris en otage de ce côté-là, il faut le dire. Je ne me vois pas ne pas aller voir un de ses films. Passage obligé comme une première cuite ou un chagrin d'amour, t'as pas vraiment le choix, ça fait partie du parcours. On pourrait le filmer en train de réciter l'annuaire téléphonique et on achèterait quand même sa place en avance. Et ses cheveux. Ses cheveux, sérieusement. Quel petit con. Je veux dire ça avec tout l'amour du monde mais quel petit con.

sunday yoga trip

 

A chaque fois que je vois Dua Lipa, je respire le calme et la sérénité. Vraiment. Il y a quelque chose de presque religieux dans sa façon d’exister, comme si elle avait réglé un truc que le reste de l’humanité n’a pas encore compris. Elle dégage cette paix intérieure que d’autres cherchent pendant vingt ans de thérapie et trois retraites de méditation au Costa Rica. Si elle monte une secte, je la suis. Je signe, je donne mes économies, je recrute des membres. Je suis prête.

Dimanche douceur. Je viens juste de me réveiller. J’avais oublié de fermer les volets en allant me coucher, ce qui est soit une erreur soit la meilleure décision que j’aie prise cette semaine, le jury délibère encore. C’est donc avec un grand soleil plein la figure et un ciel d’un bleu indécent que je me suis extirpée du lit, les yeux plissés comme quelqu’un qui sort d’un bunker après trois semaines.

Aucune idée du programme du jour. C’est le truc avec le dimanche quand il se passe bien, il n’a pas de forme définie, il ressemble à de l’eau tiède dans une bonne baignoire. Peut-être quelques étirements. Peut-être une bière en faisant lesdits étirements parce que personne ne fait les règles ici et que la combinaison est sous-estimée par la communauté médicale. Peut-être rien du tout, ce qui est aussi une activité à part entière et qui mériterait d’être mieux reconnue comme telle.

On verra bien. C’est ça le dimanche réussi. On verra bien.



Namasté, bitches.

le club du cringe

 

La Lune Mauve a écrit un truc qui m’a touchée. Elle a repris une expression que j’avais balancée en commentaire chez Frankie, le club du cringe, et elle en a fait un article entier sur pourquoi on blogue encore en 2026, pourquoi c’est un acte politique, pourquoi la netstalgie c’est peut-être une fausse piste et le présent une meilleure idée. Et en la lisant j’ai eu exactement ce truc que le web indépendant est le seul endroit à produire encore: l’envie de répondre. Pas dans une boîte de commentaires de 280 caractères. Vraiment répondre. Prendre la place qu’il faut, développer, contredire un peu, prolonger.

Parce que je vais te dire ce que c’est vraiment, un blog en 2026. C’est de la désobéissance civile en Courrier New.

On vit dans un monde où l’expression personnelle est devenue une industrie extractive. Tu ne postes pas, tu produis. Tu ne partages pas, tu t’optimises. Chaque pensée qui sort de ta tête doit être formatée, découpée en morceaux digestibles, collée sous un son qui tourne en boucle depuis trois semaines, et soumise à un algorithme qui te donne une note sans te le dire. Ton existence en ligne est une petite entreprise et tu n’as même pas eu le choix d’y investir. C’est arrivé progressivement, confortablement, comme toutes les choses vraiment mauvaises pour toi.

Le blog c’est le chemin inverse. C’est revenir à la lumière tout doucement, comme quand tu sors d’une salle de cinéma en plein après-midi et que tu as besoin de deux minutes pour te rappeler que le monde extérieur existe encore. Tu écris. Tu publies. Tu vas lire dans un café ou promener ton chien ou faire autre chose d’incarné et de réel. Et ta page continue d’exister sans toi, tranquillement, sans rien demander, comme une petite lumière allumée dans une pièce vide que les gens trouvent parce qu’ils cherchaient exactement cette lumière-là sans savoir qu’elle existait.

Ce que j’aime dans ce format, c’est qu’il appelle une communauté qui n’a rien à vendre. Des gens qui débarquent avec leurs névroses, leurs obsessions, leurs références qui n’intéressent peut-être que neuf personnes sur terre, et qui les posent là sans stratégie de contenu ni calendrier éditorial ni notion de visibilité organique. On est le Skyblog pour adultes en manque de temps perdu. On a gardé l’énergie des forums de 2003, cette époque glorieuse où on débattait pendant quarante pages de si Radiohead avait trahi ses fans avec Kid A, et on l’a mise dans quelque chose de plus lent, de plus construit, de plus assumé.

Ce n’est pas non plus une question de nostalgie. Ce n’est pas parce que c’était mieux avant. C’est parce que certaines formes résistent mieux que d’autres au passage du temps, comme une bonne veste en cuir ou un disque de Patti Smith. Le texte long, le texte qui respire, qui prend le temps de développer une idée jusqu’au bout sans se demander si les trois premières secondes vont accrocher, c’est une forme qui tient. Et il y a quelque chose de profondément reposant dans ce truc-là, dans le fait de lire quelqu’un qui n’est pas en train de courir après quoi que ce soit.

Je pense souvent à ma page qui zone sur un écran à New York pendant que je dors. Quelqu’un en Finlande qui a trouvé mon choix de photo chaotiquement esthétique et qui est resté cinq minutes de plus que prévu. Encore une autre personne dans le métro à Moscou un mardi matin qui lit un de mes textes et qui sourit sans que je le sache jamais. C’est ça qui me nourrit, cette communion bancale et silencieuse entre des inconnus qui ont décidé que le texte valait encore quelque chose. Il n’y a pas de validation chiffrée, pas de notif qui vibre toutes les trente secondes pour te rappeler que tu existes. Juste des gens, quelque part, qui lisent.

Et puis il y a le truc du temps. Le blog résiste à la vitesse, et c’est presque révolutionnaire dit comme ça mais c’est strictement vrai. Les réseaux t’ont câblé pour la panique informationnelle. Tu dois connaître le dernier coup tordu de Trump avant que ton matcha soit froid. Tu dois avoir une opinion sur tout en temps réel ou tu es dépassée, inexistante. Le défilement infini c’est un tapis roulant dans un aéroport, tu ne peux pas t’arrêter sans gêner tout le monde et sans avoir l’air d’une personne avec un problème. Ici je m’arrête quand je veux. Je publie quand j’ai quelque chose à dire. Je me mets à disposition le temps d’un texte, comme on poserait un livre sur une table de café en partant, à disposition de la prochaine personne qui passe, et ensuite je vais vaquer à autre chose.

Reprendre un blog c’est reprendre du territoire. Décider qu’un coin d’internet te ressemble vraiment, qu’il a une voix reconnaissable, une cohérence, une trace compacte et têtue qui existera encore dans dix ans si tu as payé ton hébergement. Ce n’est pas de la visibilité. Ce n’est pas de la présence de marque. C’est juste une présence, tout court. Une façon de dire je suis là, j’ai des trucs à dire, je choisis comment et quand je les dis, et si ça t’intéresse tu sais où me trouver.

Le club du cringe a une table au fond. Vous pouvez venir sans réservation.

you will be missed

Il a suffi d’un simple texto. Loana est morte. Annoncé comme ça, sèchement, comme si c’était une des nôtres. Et dans un sens, c’était ça. Hier j’étais attablée à la terrasse d’un café, ou peut-être affalée sur mon canapé devant un énième film de merde produit par Amazon Prime, et le monde continuait de tourner comme si rien, et en même temps quelque chose s’était effondré discrètement quelque part.

On a perdu une amie. Enfin, c’est comme ça que ça s’est senti. Une amie qu’on n’avait jamais rencontré, qu’on ne rencontrerait jamais, mais une amie quand même dans le sens où on la portait quelque part, dans un coin de la tête, avec cette vigilance sourde et permanente qu’on a pour les gens fragiles qu’on aime. Tu sais, ce souffle qu’on retient quand quelqu’un s’approche un peu trop près du bord. On le retenait souvent, pour elle. Trop souvent.

Elle était cette figure un peu énigmatique qui revenait puis repartait à sa guise, comme une comète avec de mauvaises nouvelles. Elle pétait des câbles, disparaissait, et puis un jour t’avais un vocal, enfouie dans les larmes, "j’ai encore merdé, je suis désolée", et tu t’en voulais de pas pouvoir faire quelque chose, de pas pouvoir tendre la main à travers l’écran et lui dire mais non, mais arrête, mais t’as rien à te pardonner à nous. Et puis le cycle recommençait. Et on regardait, impuissantes, comme toujours.

J’ai mis du temps à écrire cette note. C’est con parce qu’on ne la connaissait pas, pas vraiment, pas dans le sens où ça compterait légalement ou socialement. On n’avait pas son numéro. On ne s’est jamais croisées dans une rue, dans un bar, nulle part. Elle était trop loin pour qu’on lui dise qu’on l’aimait quand même. Et c’est ça qui reste coincé dans la gorge comme quelque chose qu’on peut plus avaler ni recracher. L’amour sans adresse. L’inquiétude sans destinataire. Le deuil sans légitimité officielle, parce que le monde t’expliquera volontiers que tu n’as pas le droit d’être dévastée pour quelqu’un que t’as jamais touché.

Quand je regarde une de ses photos, j’ai toujours eu cette envie étrange de pleurer et de vouloir la prendre dans les bras. Pas par pitié. Par reconnaissance, peut-être. Par colère, sûrement. Parce que cette fille était là, entière, lumineuse, et le monde a décidé très tôt qu’elle servirait à quelque chose de précis et de jetable. On l’a regardée vivre dans une maison en verre pendant des semaines. On a regardé ses larmes, ses rires, son corps, ses doutes. On a tout pris. Et quand l’émission s’est terminée, on l’a reposée quelque part et on a continué.

Personne ne mérite ça. Personne ne mérite de payer la gloire aussi cher. Et Loana, elle a payé cash, en billets de souffrance, pendant des années, sous les yeux de tout le monde, souvent avec le monde qui regardait et ricanait au lieu de s’alarmer. C’est ça l’injustice que j’arrive pas à digérer et que je rajouterai au tableau avec les autres, le grand tableau mural de toutes les choses qui démontrent que la société est fondamentalement tordue et cruelle avec certains et indéfiniment indulgente avec d’autres.

Paris Hilton et d’autres de sa caste, eux, ils peuvent déambuler dans une station-service, s’amuser à jouer aux pauvres. Tourner une émission de télé-réalité sur sa propre vie, et puis écrire un livre, lancer une marque, réinventer son image en survivant. Ca, le monde applaudit.

Mais les gens d’en bas, eux, c’est différent. Un nom, une faible lumière de projecteur, un peu de thunes et tout s’écroule. Parce que personne t’a appris à tenir debout sous le soleil. Parce que personne t’a dit que la célébrité sans structure c’est un cadeau piégé. Parce que le monde t’a regardé briller exactement le temps que ça l’arrange, et après il a zappé. Et toi t’es resté là, dans le silence d’après, à essayer de comprendre ce que t’étais censé faire avec les débris.

Loana, elle était de ceux-là. Arrivée de nulle part, propulsée partout, puis lâchée dans le vide avec un sourire et une caméra qui s’éteint. Ce qui s’est passé après, on le sait. On l’a regardé se passer en direct, par bribes, par éclats médiatiques, par retours fracassants et nouvelles disparitions. Et à chaque fois on espérait que cette fois serait différente.

Repose-toi, enfin.