W U N D E R K I N D
shambolic gonzo - part II
don't be ridiculous andrea everybody wants this
Je me sens fatiguée. Pas d'une fatigue qui se règle avec une bonne nuit de sommeil. Plutôt celle qui s'installe quand on réalise qu'on a passé trop de temps à essayer de croire à quelque chose qui ne fonctionne pas tout à fait comme promis. J'aurais aimé que ce soit différent. J'aurais vraiment aimé.
Il y a des idées auxquelles on veut croire, presque par nécessité. Parce qu'elles portent un espoir de refuge, de protection collective, d'évidence partagée. Mais parfois, à force de les répéter, elles deviennent des formules creuses. Des slogans bien emballés qui circulent sans qu'on ose vraiment les regarder de près.
Girls support girls.
À chaque fois que je l'entends, j'ai l'impression qu'on me demande de rentrer dans le rang avec le sourire, d'approuver avant de réfléchir, d'adhérer avant de ressentir. Comme si douter était déjà une faute. Comme si ne pas soutenir, sans condition, faisait automatiquement de moi le problème.
Parce qu'en vrai, et personne n'a envie de l'admettre, les femmes peuvent être dures entre elles. Pas bruyamment. Pas de manière spectaculaire. Mais avec une précision qui laisse peu de traces et beaucoup de dégâts. J'ai appris ça sans théorie, juste en observant les micro-glissements. Un regard qui ne s'arrête plus, une voix qui se refroidit, une place qui n'est plus tout à fait la tienne. Rien de suffisamment clair pour être nommé, tout suffisamment net pour être ressenti. Ce genre de violence qui te laisse seule avec ton intuition et l'impression désagréable d'exagérer.
Alors quand on me parle de soutien entre femmes, je me demande toujours de qui on parle. De celles qui t'encerclent quand tu vas bien, ou de celles qui disparaissent quand tu vacilles? De celles qui te regardent comme une alliée, ou de celles qui te scannent comme une menace potentielle? J'ai eu des amitiés féminines précieuses, profondes, nécessaires. Mais elles tenaient à des affinités réelles, à une confiance construite, à des conversations qui ne demandaient pas de masque. Elles n'avaient rien d'idéologique. Le reste, c'était du décor. Une solidarité de surface, fragile, conditionnelle.
Ce slogan, au fond, m'a surtout appris une chose: penser par soi-même fatigue les gens. Si tu critiques une femme, tu es dure. Si tu refuses de la défendre, tu es suspecte. Si tu ne t'alignes pas immédiatement, on te demande pour qui tu roules. Comme si tout était camp contre camp. Comme si la nuance était une trahison. J'ai souvent eu le sentiment qu'on attendait moins de moi une solidarité réelle qu'une docilité bien présentée.
Ce qui me lasse aussi, c'est cette idée que les femmes devraient être protégées de la contradiction, comme si elles ne pouvaient pas encaisser un désaccord sans s'effondrer. Comme si dire je ne suis pas d'accord était une forme de violence. Comme si reconnaître qu'une femme nous a fait du mal revenait à attaquer l'ensemble du groupe. À force de vouloir maintenir une façade de bienveillance collective, on finit par nier ce qui se passe réellement dans les relations.
Je crois que ce que je ressens aujourd'hui tient moins de la colère que de l'usure. Cette sensation d'être constamment en train de mesurer ses mots, de lisser ses phrases, d'ajuster son ton pour ne pas être mal interprétée. Je n'ai plus envie d'être une femme exemplaire, ni une femme problématique. Je n'ai plus envie d'être un symbole, ni une caution. J'aimerais juste pouvoir dire: cette relation m'a abîmée, cette femme m'a fait du mal, cette situation était injuste, sans qu'on m'explique que je mets la sororité en danger.
Peut-être que le problème n'a jamais été l'idée de se soutenir, mais l'obligation de le faire, coûte que coûte. Le soutien comme posture, comme badge moral, comme preuve d'appartenance. Quelque chose qui tolère mal la fatigue, le retrait, la déception. Parce qu'à un moment, il faut accepter que toutes les femmes ne seront pas nos alliées, ni nos amies, ni nos refuges. Et ce n'est pas une trahison. C'est juste une réalité, souvent décevante, parfois douloureuse.
Aujourd'hui, ce que je cherche est plus modeste et plus exigeant à la fois: des relations franches, imparfaites, parfois inconfortables, mais vraies. Et le droit de dire quand ça fait mal, sans devoir m'excuser de troubler l'image.
it's ok i'm ok
floating down confidence river
Ca et une série anglaise sur des zombies.
Regardez In The Flesh. Et écoutez Memoir Of A Sparklemuffin.
my lover's gone, his boots no longer by my door
Dernier soir à Londres. Décembre. Il a neigé un peu, juste assez pour te rappeler que tes os sont en location permanente pour le froid. Soho. Pubs. Trois pintes. Ensuite un bistro. On rit trop, on parle trop, on finit par embrasser quelqu’un comme si on avait attendu des siècles pour ça. Et puis, bam, un bus rouge percute un autre bus rouge. Personne n’est blessé, évidemment, mais moi, coincée entre la vitre et lui, je me rends compte que Londres aime te surprendre quand tu crois maîtriser quelque chose. Winter sick, tu sais. Le romantisme fait froid.
Le vol vers le sud te change la perception du monde. Somewhere devient Nowhere, Nowhere devient Somewhere. Partout devient un peu nulle part. Et puis l’Australie. Le soleil qui te frappe en pleine figure et te fait pleurer comme une idiote parce que tu viens de laisser derrière toi une ville qui n’a jamais été chaude. Londres transforme la chaleur en mythe. Le temps et le lieu se mélangent, tout devient légende dans ta tête.
Je suis ici pour écrire. Pas pour le tourisme. Pour écrire, il faut de la distance. Le froid de Londres me rend incapable de penser. Ici, je m’étale sur l’herbe, sur un vieux banc, sous un gum tree, avec un laptop qui chauffe plus vite que moi et des mouches qui me jugent. Le soleil fait moitié du boulot. Les oiseaux, les insectes, la chaleur, tout rythme mes phrases. Écrire devient un rite. La distance transforme la mémoire en portail. Chaque rivière, chaque buisson, chaque bruit devient un fragment que je peux trafiquer jusqu’à ce qu’il devienne réel sous mes doigts.
I started saying no and accidentally saved myself a lot of time
Vraiment. Le non franc. Le non qui arrive sec. Celui qui ne fait pas semblant de réfléchir pendant trois jours pour finir par dire oui quand même. J’aime le non parce que j’aime quand les choses sont claires, nettes, respirables. Et surtout parce que j’aime être seule. Pas seule triste, pas seule abandonnée, seule bien. Seule calme. Seule qui pense droit.
Le oui, lui, a une fâcheuse tendance à m’embarquer dans des boucles. Des boucles d’agendas, de discussions interminables, de trucs prévus trop à l’avance, trop expliqués, trop commentés. On dit oui et soudain il faut confirmer, relancer, préciser, s’adapter. Le oui n’est jamais seul. Il arrive avec des annexes. Des attentes. Des suites. Et moi, très vite, ça me fait chier.
Je sais presque toujours tout de suite. Pas avec la tête, avec le corps. Il y a un léger recul intérieur, une micro-lassitude immédiate. Un "oh non" silencieux qui arrive avant toute phrase polie. Et pourtant, longtemps, j’ai négocié avec moi-même. Je me suis dit que ce serait rapide, que ce serait bien de faire un effort, que ça ne me coûterait rien. Spoiler: ça coûte toujours quelque chose. Pas forcément beaucoup, mais assez pour que je me contorsionne avec mes démons.
Le problème avec le oui, c'est pas tant qu’il est mauvais. C’est qu’il est envahissant. Il s’installe. Il prend la place. Il transforme une journée simple en journée pleine. Et les journées pleines, j'évite. Trop de bruit. Trop de circulation. Trop d’énergie dépensée pour maintenir une version sociale de moi-même alors que je me porte très bien sans.
Dire non, ce n'est pas refuser les autres. C’est me choisir moi dans mon état naturel. C’est préserver ce truc rare et sous-estimé: la continuité intérieure. Ne pas être coupée toutes les deux heures par une obligation que je n’ai même pas désirée. Ne pas finir par en vouloir aux gens alors que le problème, c’est juste que je n’ai pas su dire stop au bon moment.
Il y a des gens que le non rend nerveux. Ils posent des questions. Ils veulent des raisons. Ils cherchent une faille. Comme si le non devait être justifié, argumenté, validé par un comité. Mais je n’ai rien contre eux. J’ai juste quelque chose POUR moi. Et ça, bizarrement, ça passe mal.
Le non, pour moi, c’est de l’hygiène. Une manière d’éviter l’encombrement. Une façon de garder de la place pour les vrais oui, ceux qui ne me demandent pas d’effort, pas de rôle, pas d’adaptation permanente. Les oui que je peux dire sans soupirer intérieurement, sans regarder l’heure, sans compter les jours avant que ça se termine.
J’y peux rien, j’aime le non. Il m’évite des détours. Il m’évite des discussions. Il m’évite des versions de moi que je n’ai plus envie d’entretenir. Il me laisse tranquille. Et franchement, c’est exactement ce que je demande à la vie en ce moment.
please please please let me get what I want
J'ai pas foutu grand-chose ce weekend, à part zoner chez une pote que je n'avais pas vu depuis mille ans. On a eu cette révélation, depuis son divorce. On va régresser jusqu'à notre mort. On a bouffé Burger King végé mais on a un peu posé notre mélancolie sur le Happy Meal du Domac, comme à l'époque de nos anniversaires. Elle a repensé au chausson aux pommes et moi aux nuggets (bordel les nuggets), les larmes aux yeux (c'était si bien, les années 90, on repeat pour la millième fois). Elle m'a raconté qu'elle venait de perdre son taf, et accessoirement toute sa vie, mais qu'elle s'en foutait presque, et qu'elle voulait juste se barrer n'importe où on fait du développement spirituel et où ça baise des inconnus. Après, je dis rien, c'est la crise de la quarantaine qui approche. Moi, j'ai bien foutu ma vie sur pause pendant plus de six mois pour tourner tous les jours autour d'un étang en me demandant s'il était pas temps que j'arrête de me demander des trucs. Après, j'ai vu une vidéo sur un de ces réseaux sociaux de jeunes qui disait qu'on réinventait sa vie à 39 ans donc au final, on est visiblement dans le tempo.
En attendant, je vais voir Hamnet ce soir. On aura la journée pour les questions métaphysiques demain.
queen of nothing
Ce soir, j'ai bouffé des pâtes froides direct dans la casserole en scrollant des photos de brunch à 18 balles, avant de regarder The Florida Project de Sean Baker. C'est mon truc, ça, le décalage des valeurs. Ca faisait longtemps que je voulais voir ce film. C'est le seul de Baker qui me manquait.
Le truc que j'aime chez lui, c'est qu'il ne te vend pas du misérabilisme propret pour public de festival. Il filme Moonee, six ans, qui passe son été à cramer des bâtiments abandonnés et à foutre le bordel dans des motels pourris de Kissimmee, en Floride. Sa mère Halley galère à payer la chambre en vendant des faux parfums. En fond sonore: les châteaux DisneyWorld qui brillent comme une promesse de merde inaccessible.

Ce qui me tue, c'est que le film refuse de choisir son camp. Il ne montre pas une gosse pauvre mais courageuse ou une mère victime du système. Il suit juste des gens qui font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Moonee elle s'en bat les couilles de la précarité, elle vit avec ce qu'elle a arraché, elle invente son propre royaume avec trois bouts de ficelle et une imagination qui vaut tous les parcs d'attractions du monde.
Baker filme ça comme un conte de fées cracra, avec des couleurs flashy de carte postale et une liberté qui te file le vertige. Parce que oui, c'est beau, cette enfance qui explose dans tous les sens malgré la violence quotidienne. Et c'est justement ça qui fait mal: voir que la magie existe même là où elle ne devrait pas, juste avant que le réel te rattrape à la gorge.
J'ai tenu ma promesse aussi d'écouter un peu autre chose que de la pop. J'ai quand même relancé Joanne, de Lady Gaga, mais seulement parce que j'ai l'impression que 2016 me colle aux pompes. Vraiment, réécoutons ce disque. Mais c'était ma seule incartade avec Collins. J'ai Country Girl de Greet Death qui me tourne en boucle, aussi. J'aime bien cette chanson, elle pourrait figurer sur la soundtrack de ma vie. Syndulla, de she's green, également. On m'a dit au travail que j'avais meilleur teint. C'est l'effet du rock alternatif sur moi.
Et See you heaven, de Softcult. Comment j'ai failli oublier Softcult.
my friends keep falling and they can't get up
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another stone
Je continue aussi mon revival teenager. Pour la peine, j'ai refait le design de mon SpaceHey (qui n'est autre qu'une copie conforme du site de MySpace) (et vous n'y êtes même pas). J'ai aussi refait un Last.fm, histoire de me motiver à réécouter des trucs sur Bandcamp (c'est pas l'envie qui manque, juste le temps). Non, vraiment, bonne ambiance pour ce mois de janvier. En plus, je trouve qu'il passe plutôt vite.
Y a pas à dire, ça fait beaucoup de rebooter.
you walk back into my life, just like you never left
Et évidemment, ça va encore chouiner dans les tribunes: trop excessive, trop bruyante, trop vivante, trop tout. Comme si on attendait d’elle qu’elle vieillisse en silence, qu’elle fasse des TED Talks sur la résilience ou qu’elle vende des bougies parfumées au trauma. J'espère vraiment qu'elle va encore se faire détester. Y a que comme ça qu'on l'aime vraiment.
Faudrait aussi que je me remette à faire ma liste de films que j'ai envie d'aller voir au cinéma. J'avais pas tilté que le Father Mother Sister Brother de Jarmusch était déjà sorti donc va falloir que m'organise ça rapidement. Et dire que j'ai même pas vu Bugonia de Lanthimos. C'est dire à quel point je suis à la traîne.
Des gens à voir, des choses à organiser. J'ai repris le travail après cette très longue pause salvatrice. J'imaginais pas que j'allais autant manquer à certains collègues. Comme quoi, le relationnel qui marche, c'est pas celui d'aller bouffer tous les midis ou de se farcir des afterworks à la con, c'est montrer les dents, souffler très fort quand on s'approche trop près de toi et lever les yeux aux ciels dès que t'entends une connerie.













