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J’ai terminé ma boîte de chocolats et je pense que je n’aurais pas dû. Vous voyez, dans la vingtaine, c’était l’alcool qui nous foutait en vrac. Maintenant, c’est du putain de sucre avec deux noisettes bio et un packaging minimaliste. On a troqué les gueules de bois contre des crises existentielles glycémiques. Franchement, c’est une évolution discutable.
Dans la foulée, j’ai retrouvé mon carnet à idées de cons, celui où je note des trucs quand mon cerveau hésite entre illumination et carence en magnésium. J’ai écrit faire un podcast. Et ça m’a fait marrer toute seule, parce qu’à l’adolescence, c’est exactement le genre de truc que j’aurais méprisé. Les conversations entre filles me fatiguaient. Pas pour les sujets, mais pour la mise en scène permanente. On n’était jamais juste en train de parler. On était en train de se positionner. Fallait toujours se justifier d’être une pute ou une prude, trouver la bonne distance, le bon rôle, le bon discours. C’était moins des échanges que des plaidoiries. Et moi, j’avais ni l’énergie ni l’envie de défendre un personnage.
Je crois que c’est pour ça que l’idée du podcast me revient maintenant. Parce que j’ai arrêté de m’excuser pour des trucs qui me définissent et que, du coup, je sais plus quoi faire de tout ce temps libre. Là où avant il y avait un open bar de culpabilité, il y a un grand vide un peu flippant. J’erre dans ma propre vie comme quelqu’un qui a résilié son abonnement à l’auto-flagellation sans trop savoir ce qu’il y avait après. Alors je teste. Je dis non sans rédiger une thèse. Je mange des pâtes à 23h sans convoquer un comité d’éthique. J’existe sans me justifier comme si j’étais en garde à vue émotionnelle.
Et forcément, dans cet espace-là, l’idée de parler revient autrement. Pas pour performer, pas pour cocher des cases, pas pour prouver qu’on est du bon côté de quoi que ce soit. Juste pour voir ce que ça donne quand on arrête de se surveiller. Peut-être que ce podcast, ce serait ça. Des conversations où on ne plaide pas notre cause en permanence. Où on peut être contradictoires, un peu ridicules, pas toujours exemplaires. Où on peut dire des trucs légers sans les alourdir pour leur donner de la valeur, et dire des trucs sérieux sans les transformer en manifeste.
Ce que je comprends maintenant, c’est que la culpabilité, c’est un boulot à plein temps. Un boulot mal payé, sans congés, avec un manager intérieur particulièrement chiant. Et quand tu démissionnes, t’as des heures entières à remplir avec autre chose. Le problème, c’est que personne te dit avec quoi. Alors tu tâtonnes. Tu manges des chocolats en promo. Tu notes des idées dans un carnet. Tu regardes ta vie comme un appartement vidé dans lequel il va falloir remettre des meubles, mais cette fois ceux que tu choisis vraiment.
Je sais pas encore ce que je mets dedans. Peut-être un micro. Peut-être rien. Mais pour la première fois, la question ne me fait pas peur.












