Alors évidemment, t’as toujours un mec (souvent très gainé, très sûr de lui, avec une gourde en inox et une passion pour les douches froides), qui va te dire que tu te cherches des excuses. Que tout est dans le mindset. Que si tu voulais vraiment, tu pourrais transformer ça en opportunité de croissance personnelle. Et là, franchement, j’ai envie de lui dire: mais croissance de quoi? De qui? À quel moment on a décidé que chaque inconfort devait devenir un TED Talk?
Parce que le fond du problème, ce n’est même pas de trouver des excuses. C’est juste une requête très simple, presque modeste. Est-ce que je peux avoir, de temps en temps, une seule putain de bonne journée? Une journée où rien ne gratte, rien ne déborde, rien ne vrille. En quoi c’est une demande déraisonnable? Pourquoi ce passage obligé par une espèce de mini chemin de croix mensuel? J’ai l’air de vouloir expier quelque chose? J’ai signé où?
Et puis cette idée qu’il faudrait accepter, embrasser, transcender. Non. A un moment, on a le droit de dire que c’est pénible, point. Sans en faire une quête initiatique. Sans convoquer des métaphores grandiloquentes. Juste reconnaître que ton propre corps décide, pendant quelques jours, de te mettre en mode version bêta instable, et que toi tu dois continuer à répondre à des mails, être aimable, prendre des décisions, faire semblant d’être une personne cohérente.
Après, soyons honnêtes, il y a aussi un certain alignement cosmique assez drôle. Cette phase tombe souvent au moment où ton énergie baisse… et, comme par hasard, le calendrier social te propose des échappatoires. Les ponts de mai, les jours fériés, cette espèce de flottement collectif où plus personne ne fait semblant d’être productif. Là, pour une fois, le corps et le monde extérieur se mettent d’accord. Ralentis. N’insiste pas. Ne force rien. Fais le strict minimum syndical, et encore, si vraiment t’as la foi.
Donc très bien. Suivons le mouvement. Ne rien foutre devient presque un acte d’intelligence stratégique.
De toute façon, on va tous mourir.
Ce n’est pas du nihilisme.

















