
J'ai écouté le podcast d'Alice Underground avec Sara Forestier hier après-midi, et ça m'a donné une envie immédiate de lire sa BD Maudite du cul, ce qui est en soi un petit miracle, parce que la BD n'est pas vraiment mon territoire naturel. Mais c'est ça le truc avec ce format quand il est bien fait. Il crée du désir pour des objets auxquels tu n'aurais pas pensé tout seul. Pas par conviction, pas par argument, juste par contamination. Tu passes du temps avec quelqu'un qui aime quelque chose et tu repars avec l'envie de l'aimer aussi. C'est exactement ce que la promo traditionnelle est incapable de faire.
Parce que la promo traditionnelle, justement, c'est le contraire. C'est quelqu'un qui te convainc de vouloir quelque chose en ayant l'air de ne rien vouloir du tout, neutre, poli, calibré pour ne froisser personne. Ce que j'aime dans le podcast d'Alice, c'est que ça ressemble à une conversation entre amies qui auraient oublié qu'on les enregistre. La différence est immense. Dans un cas tu es spectatrice d'une performance. Dans l'autre tu es invitée dans une pièce.
Ça rejoint quelque chose que j'ai toujours su sur moi-même. Je déteste l'interview. Profondément, physiquement. Le format en lui-même, la mécanique question-réponse, la politesse obligatoire des deux côtés, le fait que tout le monde sait exactement quel rôle il joue et le joue consciencieusement. Les rares fois où je m'y suis pliée, c'était à mes conditions. Je me souviens d'une fois avec Mark Cohen, sur un banc, à regarder un pigeon manger des graines. On avait tous les deux besoin de ça après le point presse auquel on venait d'assister, l'un de ces moments collectifs où l'ennui atteint une forme de pureté presque mystique. Le pigeon avait plus de présence que n'importe quel attaché de presse de la journée.
Ce que je cherche dans un échange, c'est l'instant où la personne en face lâche quelque chose qu'elle n'avait pas prévu de dire. Pas un scoop, pas une confidence calculée pour faire du buzz, juste un moment de vrai, qui arrive parce que l'atmosphère était assez bonne pour le permettre. Comme quand on a suffisamment confiance pour ouvrir une bouteille de blanc sans demander si l'autre boit. Alice Moitié sait faire ça. La preuve : on se retrouve avec l'anecdote de la fille qui a frotté son clitoris contre le crâne d'un chauve, et au lieu de trouver ça déplacé on trouve ça parfait, exactement à sa place, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde d'en parler à quinze heures un mercredi.
Le reste de la journée a été tranquille. J'ai emmené Francette chez la toiletteuse pour son premier bain. Elle en est revenue auréolée d'un parfum de talc, légèrement transformée, un peu plus consciente de sa propre dignité. En ce moment elle a littéralement mis son cul sous mon nez pendant que j'écris ces lignes. Je pense que c'est ma définition du bonheur: un bon podcast, une envie de BD que je n'avais pas prévue, et un cul de chien qui sent la poudre pour bébé à vingt centimètres de mon visage.












