vous me manquez, vidéoclubs


J'ai lu un article sur les vidéoclubs américains hier (un mec qui a claqué 1200 balles pour reconstruire un Blockbuster dans sa cave, rien que ça) et ça m'a foutu un coup de nostalgie que je n'attendais pas.

Il y avait donc un vidéoclub en bas de chez moi quand j'étais gamine. Rien d'extraordinaire, une devanture un peu miteuse, l'odeur de moquette et de plastique chauffé, les néons qui grésillaient légèrement. Mais je donnerais tout le fric nécessaire pour revoir un truc similaire revenir à la charge. Pas juste par sentimentalisme facile, mais parce qu'il y avait quelque chose là-dedans que Netflix n'a jamais su recréer (attention sortez vos mouchoirs en tissu) (oui on a dit qu'on était dans les années 90): la rencontre.

(Vas-y, c'est le moment de sentir les larmes monter).

Comme chez les disquaires (je vous ai déjà bassinés avec ça, les vendeurs qui me gardaient des CD sous le coude, tout ça), il y avait cette chorégraphie sociale complètement absurde et complètement magique qui consistait donc à croiser le regard d'un inconnu devant un rayon avec des choix aussi géniaux que pourris. Se demander furtivement ce qu'il allait louer. Juger silencieusement s'il repartait avec trois comédies romantiques et un Ken Loach (allez savoir pourquoi). Parfois, le mec derrière le comptoir te conseillait quelque chose que t'aurais jamais choisi toi-même, et il avait raison, et ça devenait ton film culte.

Internet nous a donné l'infini. Toutes les possibilités, à toute heure, sans sortir de chez soi, sans croiser personne. Mais il nous a piqué cette friction minuscule et essentielle: le hasard d'être humain au même endroit qu'un autre humain, en même temps, pour la même raison bête (choisir un film un mardi soir).

On a optimisé la commodité. On a supprimé l'attente, le trajet, la conversation forcée à la caisse. Et on a perdu, sans vraiment s'en rendre compte, ce truc tout con. La possibilité qu'un inconnu (allez, j'acceptais le mansplaining quand ça venait d'un passionné de films de séries z en 1993, il avait que ça le pauvre) te tende une VHS et change ta soirée.

RIP les moquettes tachées, les boîtiers écornés, et les mecs bizarres qui connaissaient tout de Cassavetes en travaillant au smic.

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