daffy duck

 

Parfois, je me dis que je devrais tout claquer pour devenir le leader suprême d'un groupe de canards. Peut-être parce que j'ai trop pris le soleil ces derniers jours, allez savoir, ou juste parce que je pense trop à la mer que je vais voir vendredi. En prenant de l'âge, je me rends compte que je suis de plus en plus taillée pour une vie qui consiste à jardiner, lire et peindre dans une jolie véranda en fer forgé. Après, vous allez me dire que ça n'a rien de bien original et que don't be ridiculous Andrea, everybody wants this. Je pense que vous ne connaissez pas mes collègues.

C'est un peu mon rant, mais plus je vieillis, plus je regarde les gens parler de carrière avec une bonne envie de dégueuler. Ils prononcent les mots "mobilité", "évolution" ou "prise de responsabilités" avec ce regard légèrement humide qui me fait penser qu'ils viennent d'assister à une apparition mariale entre la machine à café et l'imprimante. Moi, je les observe comme on regarde quelqu'un commander une pizza à l'ananas. Je respecte le choix, je ne comprends juste pas le projet.

Chacun voit midi à sa porte, évidemment. Mais j'ai beau retourner la question dans tous les sens, je n'arrive toujours pas à comprendre comment une existence peut culminer devant un tableau Excel ou une réunion intitulée Point stratégique T3. Peut-être que le problème vient de moi. J'ai toujours eu plus d'admiration pour quelqu'un qui fait pousser des tomates incroyables que pour quelqu'un qui optimise un reporting.

Ce qui me fascine surtout, c'est cette dissociation parfaite. Cette capacité à prendre des décisions qui rendent la vie objectivement plus compliquée à des milliers de personnes, puis à aller dormir comme un bébé dans un hôtel cinq étoiles. Il doit exister un abonnement Premium au sommeil que je ne connais pas. Et puis même, être riche sur cette planète pour acheter exactement les mêmes fraises sans goût que tout le monde, mais servies dans une assiette plus chère, c'est un véritable scam (rien que pour ça, je préfère être dans la moyenne) (je sais que je suis prise pour une conne, donc autant que ça soit à moindre coût).

Donc tout ça pour dire que je trouve cette espèce de culte de la réussite terriblement dépassé. Voire cringe. Mais pas le cringe comme vous et moi. Le vrai cringe. Celui où ta boîte pense être une série HBO alors qu'en réalité, on est sur une vieille production AB avec des intrigues autour d'un comité de pilotage et un personnage secondaire qui répond à tous les mails par "Bien cordialement". Pendant ce temps-là, moi, je continue de penser qu'il y a peut-être davantage de grandeur à devenir le leader suprême d'un groupe de canards. Ou à arroser des tomates dans une véranda. Au moins, eux ne me demanderont jamais un point d'avancement (ils n'en n'auront pas besoin, ils l'auront d'office) (car ils sont merveilleux).


En attendant, je me fais un masque en sirotant un matcha fait maison (tout aussi dégueulasse, mais beaucoup, beaucoup moins cher que dans coffee shop).

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