only when I sleep

 

Ok, on va la refaire. Je me suis dit ça ce matin en me levant, quand j’ai senti le bas de mon dos craquer. C’est con, mais ça m’exaspère de plus en plus. Ce petit bruit quand tu t’assois. Celui quand tu te lèves. Celui quand tu commences à marcher. Je ne fais même plus semblant quand on me demande mon âge. J’accélère la manœuvre. J’ai 40 ans. Même si c’est dans deux ans. Je préfère me débarrasser du truc tout de suite. Avec un petit craquement, donc. Evidemment. Je suis même à deux doigts de faire un tirage de cartes pour savoir la date de ma mort, histoire que je me berce au moins avec un espoir agréable. En vrai, ça n'est pas tant l'âge que le corps qui se dégrade. L'âge, je m'en fous, c'est un état d'esprit. Non, ce que je prends de moins en moins bien, c'est cette tension quasi permanente. Je me vois rester la même, sauf que ça grésille de l'intérieur, avec des micro-humiliations de plus en plus fréquentes. Parfois, j'aimerais bien être ma putain de serrure de porte. Un coup d'huile et ça repart. 

J'écoute les Pixies, Frank Black (ou Black Francis, bordel les artistes, décidez-vous avec vos noms, on a pas votre temps ni votre argent) a le don de me détendre (sauf quand je dois penser à son nom, bien évidemment). J'avais fait une note sur ma playlist idéale de film et je pense que j'aurais du rajouter un ou deux titres des Pixies. Les Pixies sont parfaits quand on a envie de déprimer avec ce petit truc des années 90, quand on regardait par la fenêtre la pluie tomber. Ca et Torn, Natalie Imbruglia. Je repensais d'ailleurs à ce qu'elle disait, sur Torn, qu'elle ne comprenait pas les artistes qui refusaient de jouer leur plus gros hit. Parce que pour elle, Torn, ça ne lui appartenait plus. Et qu'au bout d'un moment, elle n'était pas débile, elle savait très bien que les gens venaient surtout pour l'entendre chanter ce titre, pour retrouver leur propre vie dedans. L'adolescence. La rupture de merde. Une voiture la nuit. Un vieux sweat qui sent la clope et l'ennui. 

Je crois que mon dos est devenu mon Torn personnel.

Tous les matins il rejoue le même tube. Petit craquement quand je me lève. Petit craquement quand je m’assois. Version acoustique quand je ramasse un chargeur par terre. Ca m’énerve profondément mais visiblement le public veut le titre. Et peut-être qu’en vieillissant le vrai boulot consiste juste à arrêter de vouloir supprimer tous les bruits parasites. Accepter que certaines choses reviennent en boucle. Les vieux morceaux. Les douleurs débiles. Les pensées un peu noires à 'h du matin devant un épisode de Chasse et Pêche. Continuer quand même. Même avec le craquement.

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