Dernier soir à Londres. Décembre. Il a neigé un peu, juste assez pour te rappeler que tes os sont en location permanente pour le froid. Soho. Pubs. Trois pintes. Ensuite un bistro. On rit trop, on parle trop, on finit par embrasser quelqu’un comme si on avait attendu des siècles pour ça. Et puis, bam, un bus rouge percute un autre bus rouge. Personne n’est blessé, évidemment, mais moi, coincée entre la vitre et lui, je me rends compte que Londres aime te surprendre quand tu crois maîtriser quelque chose. Winter sick, tu sais. Le romantisme fait froid.
Le vol vers le sud te change la perception du monde. Somewhere devient Nowhere, Nowhere devient Somewhere. Partout devient un peu nulle part. Et puis l’Australie. Le soleil qui te frappe en pleine figure et te fait pleurer comme une idiote parce que tu viens de laisser derrière toi une ville qui n’a jamais été chaude. Londres transforme la chaleur en mythe. Le temps et le lieu se mélangent, tout devient légende dans ta tête.
Je suis ici pour écrire. Pas pour le tourisme. Pour écrire, il faut de la distance. Le froid de Londres me rend incapable de penser. Ici, je m’étale sur l’herbe, sur un vieux banc, sous un gum tree, avec un laptop qui chauffe plus vite que moi et des mouches qui me jugent. Le soleil fait moitié du boulot. Les oiseaux, les insectes, la chaleur, tout rythme mes phrases. Écrire devient un rite. La distance transforme la mémoire en portail. Chaque rivière, chaque buisson, chaque bruit devient un fragment que je peux trafiquer jusqu’à ce qu’il devienne réel sous mes doigts.

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