Je crois que j’attendais ce combo Nuit des Musées + Normandie comme certaines personnes attendent une greffe d’organe compatible. Un truc vital. Une perspective de survie mentale. Juste l’idée de quitter Paris deux jours, voir de la pierre humide, des gens qui parlent doucement, des ciels gris qui ont l’air de sortir d’un film avec Charlotte Rampling, ça me maintient littéralement en vie.
Je dois être la seule personne à autant détester le travail et pourtant à empiler les heures supp comme si c’était des cartes Pokémon rares. Vraiment absurde comme fonctionnement. Une espèce de punk administratif. Je râle toute la journée, je fantasme sur la fuite, la mer, le silence, les chambres d’hôtel avec des rideaux trop épais, et malgré ça je continue à répondre à des mails Excelisés à 18h47 avec des bien cordialement qui sonnent comme des appels à l’aide.
Le travail, globalement, ne sert à rien à part m’empêcher de vivre ma vraie vocation. Dormir 11 heures, mettre un masque hydratant hors de prix, écouter des bruits de vagues sur youtube et regarder le plafond comme une veuve mystérieuse dans un film italien des années 70. Je pense sincèrement que mon corps n’est pas conçu pour la productivité. Je suis faite pour contempler des objets anciens dans des musées à moitié vides et manger des gâteaux à la pistache dans le vent.
Et puis il y a ce moment étrange avant un départ où tout devient supportable. Même les transports. Même les gens qui utilisent le mot process. Parce qu’au fond de ton cerveau il y a déjà une route normande, une odeur de pluie sur des hortensias, un Monoprix de province un peu triste, une chambre Airbnb avec des tasses dépareillées et un silence presque inquiétant à partir de 22h.

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