Soupe et sardines pour le dîner. C'est mon truc en ce moment. Soupe froide plus exactement. Ca n'a rien à voir avec l'idée de manger sa skincare mais on va pas se mentir, ça marche quand même plutôt pas mal cette connerie.
Sinon, je suis allée voir l'Odyssée de Nolan et sans surprise, j'ai détesté. Après, celles et ceux qui me connaissent savent que je considère Nolan comme l'un des pires réalisateurs de sa génération mais maintenant, j'ai de supers arguments (oui, c'est comme ça, c'est mon blog, je fais ce que je veux, vous allez rester assis et pas broncher quand j'explique pourquoi Nolan c'est nul). J'ai toujours eu un problème avec son cinéma, je le dis depuis des années, mais là j'ai enfin mis un mot dessus. Après, je vais démarrer en disant qu'il y a quelques plans qui tiennent, deux trois trucs bien foutus, si ça peut calmer le jeu. Mais il y a un truc qui me crispe à chaque fois que je me fous devant un de ses films, et c'est l'Odyssée m'a donné la réponse.
Nolan fait de l'émotionnel comme un HPI mal dégrossi. Vous voyez le genre, celui qui rationalise tout, qui ne repère jamais l'émotion chez les autres en temps réel, et qui finit par te taper sur le crâne façon réconfort parce qu'on lui a soufflé "bon là quand même t'as été un peu loin". Bah en fait, chez Nolan c'est un peu la même histoire. Quand il veut aller vers le sentiment, il faut d'abord qu'il le dissèque, qu'il l'étiquette, au cas où on n'aurait pas compris qu'il s'agissait de rage, de tristesse, ou juste de joie. Il y a une scène dans Interstellar où l'amour est littéralement présenté comme une force mesurable, quantifiable, avant qu'on ait le droit de le ressentir. C'est ça, en un plan. L'émotion qui doit d'abord passer un examen. C'est tellement masculin que ça en devient ridicule (oui, en plus je suis misandre, vous allez faire quoi?) (je dis ça parce que j'ai toujours pas digéré l'épisode où Ulysse sermonne Circée comme si c'était une gamine).
En fait, quelque part, ça explique pourquoi il dirige aussi mal ses acteurs. Il ne sait pas où ça doit commencer à s'émouvoir, ni où ça doit s'arrêter. Ceux qui survivent chez lui, je pense à Cillian Murphy par exemple, ce sont ceux qui jouent contre l'architecture du film, qui gardent un truc opaque, pas expliqué. Les autres récitent, diagnostiquent leur propre personnage plutôt que de l'habiter.
Alors le confier à Homère, c'était le pire choix possible. L'Odyssée c'est un texte où la ruse et le chagrin cohabitent dans la même phrase. Où Ulysse pleure et manipule en même temps sans que personne ait besoin de te dire lequel est vrai. Un texte qui vit dans le flou du sentiment. Et Nolan, qui a besoin de tout bien expliquer pendant trois plombes avant de le montrer, n'avait tout simplement pas les outils pour ça.
La prochaine fois, confiez la réalisation d'un projet de ce type à Phoebe Waller-Bridge. Au moins, on se serait bien marré.

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