and with all of that money, why's she dressed like trash?

 

En ce moment, je vois le verre à moitié plein. Le verre a toujours la gueule de ceux qu’on vole dans un bar, il est probablement collant et quelqu’un a peut-être écrasé une cigarette dedans en 2008, mais enfin, il est à moitié plein. C'est que je me mets à trouver les choses jolies. Le truc sans ironie, premier degré. En fait, ça me surprend parce que j’ai passé suffisamment de temps à voir l’enthousiasme comme une faiblesse pour savoir qu’il y a quelque chose d’un peu compromettant là-dedans. Je lis How to Be Hopeful, de Caitlin Moran, je fais de la sophrologie et je commence à envisager l’idée de respirer dans un Birkin. Le sac en papier kraft, c’est très bien pour acheter du pain. Pour contenir mon anxiété, j’exige désormais du cuir italien.

J'ai aussi vu il y a eu Léon XIV. Oui. Le Pape. Pour l'histoire, je me suis retrouvée presque nez à nez avec lui et j’ai reçu une bénédiction en drive-by. Je ne sais pas très bien ce qu’on fait d’une bénédiction quand on n’a rien demandé, mais j’ai toujours trouvé impoli de refuser un cadeau. En plus j'adore les trucs gratuits. Après, indépendamment de la visite papale (moi et la religion ça fait deux, on va pas se mentir) (par contre j'aime beaucoup les statuettes de la vierge Marie) (on en parlera un de ses jours), j'ai beaucoup apprécié les grands boulevards vides, le Paris covid. Celui où on se fait couper par un mec qui court plutôt que par des influenceuses. On peut regarder les immeubles, les jardins, les vitrines, sans avoir constamment quelqu’un dans le champ. J’aime bien les gens, en vrai. Mais parfois, j’aimerais surtout qu’ils rentrent chez eux.

Sinon, avec Francette, on est allé chez Angelina, où j’y ai pris mon thé glacé préféré, purée d’abricot et basilic, qui ressemble à une boisson conçue par une influenceuse provençale sous acide, puis on est passé chez Galignani parce que nous sommes des femmes de lettres.

Et puis, au Meurice, une violoniste jouait à sa fenêtre. Voilà, évidemment, une violoniste au Meurice. Je suis censée avoir un minimum de conscience politique, mais enfin elle jouait du violon à une fenêtre du Meurice et j’étais dans la rue avec un chihuahua de deux kilos. Je n’allais pas commencer à faire un tract. J’ai écouté. C’était magnifique. J’ai adoré. Par contre, pour Francette, c'était le parc Monceau. Elle s'est roulée dans l'herbe comme si c'était du Chanel. Vraiment, une journée parfaitement inutile, donc excellente (même si j’aurais dû acheter la biographie d’Emily Brontë) (je me la réserve pour une prochaine fois).

Dans un autre registre, je suis allée voir la nouvelle adaptation de Raison et Sentiments. Des cheveux défaits, des corsets, des sœurs qui souffrent avec beaucoup de distinction et des hommes qui mettent deux heures quarante à comprendre ce qu’une femme leur explique depuis le début. Je pourrais regarder ça tous les dimanches jusqu’à ma mort. J'en rajoute une pour la série qui va reprendre le Wuthering Heights hanté d'Healthcliff. Une série qui doit arriver pour la mi-octobre. C'est la scorpio season, je ne fais pas les règles.

Et dans le lot, j'oubliais Cleveland de Taylor Swift qui tourne en boucle. Il paraît que c’est sa pire chanson. Pardon mais c'est quoi cette mode qui consiste maintenant à détester la pop? Internet a déjà eu le temps de rendre son verdict alors que quatre morceaux viennent à peine de sortir. Il faut toujours qu’une chanson soit immédiatement excellente, catastrophique, sous-estimée, surévaluée ou la preuve que Taylor Swift est ceci, cela, le capitalisme, l’Amérique, nos rapports à la masculinité et probablement la fin de la civilisation occidentale.

Donc oui, j’aime Cleveland (parce que merde, c'est encore autorisé d'aimer des chansons pop).

Je sais que le monde va mal.

Je prends quand même le thé.

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