please hold while I reinvent myself

 

Oui, ça faisait un bail. Mais j'ai une excuse en béton: je bosse ENFIN sur le site du Bad Girls Book Club. Un an que ce chantier prenait la poussière (en vrai, surtout parce que je pigeais rien au code de design). Alors j'ai fait ce qu'on fait quand on est une bad girl, je m'y suis collée toute seule, mains dans le cambouis. Et devinez quoi? Apprendre, ça sert à quelque chose. La preuve, j'ai pondu un truc pas trop crade.

Cela dit, c'est loin d'être plié. Faut updater toutes les notes en stand-by, finir le premier épisode du podcast (oui, il arrive, celui-là aussi), boucler mes deux manuscrits, les envoyer, arrêter de me nourrir exclusivement de patates et de kéfir comme une ermite slave en pleine crise existentielle. IL FAUT, IL FAUT, IL FAUT. Ca clignote en boucle autour de moi comme l'enseigne pourrie d'un casino de seconde zone à Vegas, un de ceux où un Elvis dépressif te marie entre deux clopes. J'avance quand même. Proprement. Calmement. Avec mes IL FAUT qui gueulent en néon rose dans le fond du décor.

A part ça, j'ai lancé la série Lucky, avec ma sweetie pie Anya Taylor-Joy, mais je crois qu'on va s'arrêter là, parce que même en s'appelant Anya Taylor-Joy, visiblement ça ne suffit pas à sauver un truc. Par contre, grosse fan de trois albums en ce moment. D'abord Widowspeak, le duo qui fait du dream pop poussiéreux depuis quinze ans dans un coin de Brooklyn désaffecté (leur dernier album Roses sonne comme une déclaration d'amour tournée au ralenti dans un motel, entre bougies rouges et fleurs séchées dans un carnet, du genre qu'on écoute en fumant sur un rebord de fenêtre en faisant style qu'on n'attend personne). Ensuite Truck Violence, groupe montréalais complètement barré qui mélange hardcore, banjo et cris de désespoir dans le même titr. Leur dernier album s'appelle carrément The weathervane is my body et parle, entre autres joyeusetés, de pellicules et de dents jaunes. Un critique s'est même demandé en plein milieu de sa chronique "mais c'est quoi ce bordel, en fait ?", c'est dire le niveau de dérangement, donc j'adore ça. Et enfin Mildred, groupe d'Oakland sans chanteur attitré où tout le monde écrit un peu de tout, un peu n'importe comment. Leur single "Fish Sticks" a été enregistré dans des conditions totalement différentes du reste de l'album et ça se sent à peine, ce qui est précisément ce qui le rend génial (fallait bien que j'en case un peu, de la musique, depuis le temps).

Côté lecture (parce que j'essaie quand même de lire entre deux lignes de code, des patates au kéfir et Anya Taylor-Joy) j'ai fini Petits meurtres dans l'après-midi d'Alice Slater, et franchement, c'était ce dont j'avais besoin. Le pitch: un mec disparu à La Nouvelle-Orléans, une sœur à Londres qui organise carrément un dîner avec tous ses proches pour les cuisiner façon interrogatoire (au sens propre comme au figuré), et un roman construit en cinq parties calquées sur les temps du menu (de l'apéro au Sazerac jusqu'au digestif qui s'appelle, tenez-vous bien, "Mort dans l'après-midi"). De l'humour vachard, du tarot, des faux-semblants partout, et une ambiance qui glisse de la retenue british la plus coincée à la moiteur trouble de la Louisiane. Combiné à la fin d'une dernière canicule qui n'en finissait plus de nous cramer, ce mois de juillet se termine pas trop mal, tout compte fait. Faut bien choper le positif où il traîne, comme un rat qui erre dans les égouts en quête d'un bon plan.

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