I keep dancing on my own

 

Je me suis réveillée avec la bande-son de Teen Spirit dans la tête et j'ai pas cherché à comprendre pourquoi. Certaines choses s'installent sans demander la permission. Ce qui m'est revenu avec, c'est la reprise de Dancing On My Own. Robyn. Et cette chanson fait partie de ces rares trucs qui ont résolu un problème que la philosophie n'a jamais vraiment réglé: comment tenir debout dans un moment qui s'effondre sans que ça ressemble à de la survie. Elle ne console pas. Elle ne répare rien. Elle fait juste coïncider exactement la musique, les mots et l'état dans lequel tu te trouves, et cette coïncidence-là devient une forme d'architecture. Quelque chose sur quoi appuyer son dos. Les chansons qui comptent vraiment fonctionnent comme ça. Pas dans la tête. Dans le corps d'abord. Les jambes, la nuque, quelque chose qui se redresse ou se relâche avant même que tu aies compris ce qui se passe. Le cerveau arrive après, essoufflé, pour mettre des mots sur ce que le reste a déjà décidé. C'est pour ça qu'elles influencent des décisions prises à trois heures du matin. Pas parce qu'elles donnent des réponses. Parce qu'elles donnent une posture. Et une posture, parfois, c'est suffisant pour changer ce qui suit.

Sinon, en retard sur mes lectures, comme sur à peu près tout le reste. Mariana Enriquez d'abord. La Descente, c'est le pire, son tout premier roman, écrit à dix-neuf ans dans un Buenos Aires de fin de siècle qui sentait la défonce et l'asphalte mouillé. Deux garçons qui s'aiment sans se le dire, des monstres qui rôdent, des appartements payés par des hommes plus vieux, et cette façon qu'elle a d'écrire le désir et la violence comme si c'était la même chose, parce que c'est souvent (malheureusement) la même chose. C'est gothique sans être poseur, romantique sans être niais, cru sans être gratuit. Enriquez à dix-neuf ans écrivait déjà mieux que la plupart des gens à quarante. C'est agaçant et magnifique à parts égales. Lisez-le.


L'autre lecture, c'est une femme disparaît d'Ethel Lina White. Polar britannique années trente, une romancière galloise aussi connue en son temps qu'Agatha Christie et que personne ne lit plus vraiment, ce qui est une injustice assez caractéristique de la façon dont on traite les femmes qui écrivent des choses efficaces sans faire semblant que c'est de la Littérature avec un grand L. White construit sa tension comme on monte une pression dans une cocotte. Rien de spectaculaire, pas de cadavre sur les deux premières pages, juste des petits détails de travers qui s'accumulent discrètement jusqu'à ce que l'atmosphère entière bascule sans qu'on sache exactement quand c'est arrivé. Je n'ai pas vu l'adaptation Hitchcock et je compte bien continuer à ne pas la voir. Lire un livre sans avoir déjà la version de quelqu'un d'autre dans la tête, c'est devenu un luxe discret dont je compte abuser.



(ou pas, parce que j'aime vraiment bien les ambiances de mort dans des trains)

Côté séries, j'ai été studieuse. Ponies d'abord. Espionnage sous URSS années 70. Je ne sais pas par où commencer sauf que cette série a été écrite spécifiquement pour moi et que quelqu'un quelque part le sait. Les manteaux. Les manteaux. Il y a des gens qui regardent une série pour l'intrigue, pour les personnages, pour la tension dramatique. Moi je la regarde pour savoir comment les femmes s'habillent quand elles font tomber des régimes dans le froid. La réponse est: très bien. Widow's Bay ensuite. Une île. Maudite. C'est littéralement tout ce qu'il me faut comme pitch. Donnez-moi une communauté isolée avec un secret enterré depuis trois générations et je suis là pour les huit épisodes sans me lever.

J'ai même fait une sélection musique! Shye pour commencer, parce que c'est doux et que ça sent l'été 1994. Le genre de musique qui ne fait pas de bruit dans le monde et qui reste collée pendant des semaines. Dans le même élan nostalgique, Go Away de Weezer et Best Coast, chanson de 2014 qu'internet a mis douze ans à comprendre que c'était parfait et qui vient de redevenir virale. Ce qui m'amène aussi à Kid Sistr et Maniac, qui est à peu près l'opposé, grunge pop, chorus à hurler vitres fermées, utilitaire et efficace comme un démonte-pneu émotionnel. Et puis Florence Road, groupe irlandais parti d'un cabanon de jardin à Bray pour finir à ouvrir pour Olivia Rodrigo au Hyde Park. Le type de trajectoire qui ressemble à une invention mais qui arrive vraiment. Putain, Florence Road.




Reste Violet Grohl, et je ne voulais pas. Fille de Dave Grohl, studio du producteur de Charli XCX, signée sur Republic, Nina Hartley en guest, tout ça sent le nep baby à trois kilomètres. Sauf que Bug In The Cake est une chanson vraiment cool et que je l'écoute quand même, ce qui est exactement le genre de petite défaite personnelle que j'accepte sans trop me débattre.

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