I left my shoes on just in case I had to run


Je me rends compte d’un truc un peu gênant. Je ne vais presque plus au cinéma. Pas moins qu’avant, non. Presque plus du tout. Ce n’est même pas une décision, c’est une érosion. Un glissement discret vers autre chose, ou vers rien, ce qui est encore plus inquiétant.

J’y ai pensé aujourd’hui parce que c’est mon demi-anniversaire. Oui, ça existe. C’est une date parfaitement inutile, donc absolument idéale pour faire un bilan. Pas un vrai bilan sérieux avec tableaux Excel et objectifs SMART, plutôt une autopsie douce, sans gants. Et le verdict est assez sec: ces derniers mois ont une densité discutable. Rien de franchement catastrophique, rien de mémorable non plus. Une sorte de zone tampon entre deux choses qui n’arrivent pas.

Le cinéma, dans tout ça, devient un bon indicateur. Avant, j’y allais pour voir, pour ressentir, pour sortir avec quelque chose, une image, une phrase, une humeur. Maintenant, j’y pense comme on pense à quelqu’un qu’on ne rappelle jamais. Pas de conflit, pas de rupture officielle. Juste une disparition progressive. Comme si je n’avais plus vraiment envie de me laisser happer pendant deux heures dans une salle noire, à heure fixe, avec des inconnus. Comme si mon attention était devenue trop fragmentée, trop méfiante. Ou trop paresseuse.

Même chose côté musique, d’ailleurs. J’écoute encore, évidemment. Mais je n’explore plus vraiment. Les nouveautés me passent un peu au-dessus, comme des trains que je regarde filer sans monter dedans. Je reste sur des vieux trucs. Des valeurs sûres, ou plutôt des refuges. Des morceaux déjà digérés, déjà intégrés, qui ne demandent aucun effort. C’est confortable, mais ça dit quelque chose. Peut-être une forme de fatigue. Ou de saturation.

J’ai quand même fait un léger détour par Olivia Rodrigo. Pas par conviction profonde, soyons honnête. Plutôt par curiosité géographique. Son clip navigue entre Londres et Paris, et ça, ça m’a accrochée. J’ai toujours eu un faible pour l’Eurostar. Il y a quelque chose d’absurde et de parfait dans cette idée: disparaître sous la mer pour réapparaître ailleurs, propre, coiffée, presque transformée. Une transition nette. Une illusion de maîtrise.


La version avec Versailles, en revanche, me laisse plus froide. Trop décorative, peut-être. Trop consciente d’elle-même. Comme si le lieu écrasait le reste. Alors que Londres-Paris, c’est autre chose. C’est un mouvement. Une ligne. Une promesse de passage.

Et au fond, c’est peut-être ça qui manque depuis quelques mois. La sensation de passage. D’un état à un autre. D’un point A à un point B, même approximatif. Là, j’ai plutôt l’impression de tourner en rond dans une zone intermédiaire, sans vraie direction, sans vraie rupture.

Ce n’est pas dramatique. Ce n’est même pas vraiment triste. C’est juste…plat. Et le plus troublant, c’est que je m’en accommode assez bien.

Mais bon. Demi-anniversaire oblige, on peut au moins faire semblant de noter ça quelque part, comme une observation clinique. Moins de films, moins de nouveautés, plus de repli. A voir si c’est une phase, ou le début d’un nouveau standard.

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