Il y a quelques années, presque une autre vie, Alie m’a dit qu’elle m’imaginait mariée à une rock star. Le genre de phrase qu’on te lance comme une prophétie Ikea, déjà montée dans la tête des autres. On devait vivre en Angleterre, évidemment, parce que le rock sans humidité ça n’existe pas, dans une grande maison un peu vide, un peu froide, avec un atelier pour moi. Parce que c’était logique. Je bossais en galerie, j’étais maigre comme une obsession, donc forcément j’allais finir artiste contemporaine ou une connerie du genre, à faire des trucs silencieux avec des titres trop longs.
A l’époque, j’ai presque gobé le truc. Ces projections qu’on te colle dessus comme des étiquettes prix, tu finis par les intégrer, tu marches avec sans trop regarder. Tu te dis ok, pourquoi pas, ça a l’air d’avoir du sens vu de l’extérieur. Sauf que la vie, visiblement, n’est pas un moodboard figé. J’ai pris de la bouteille, des détours, des baffes élégantes et d’autres beaucoup moins. Et oui, j’ai aussi pris des hanches, et franchement tant mieux, ça me donne une meilleure assise pour encaisser.
Avec un peu de recul, je me dis que j’ai eu un moment de lucidité assez rare en refusant cette demande en mariage. Parce que finir au bout du rouleau, très peu pour moi. Mais si ça doit arriver, je préfère que ce soit de mon fait. Que ce soit mon chantier, mon crash, ma pièce ratée accrochée trop haut. Pas être un détail dans la narration de quelqu’un d’autre, pas être la note de bas de page dans une vie où le mec regarde sa guitare comme si elle allait lui répondre.
Et bizarrement, j’aime bien là où ça va. Ce n’est pas droit, ce n’est pas propre, ça ne coche aucune case Linkedin, mais c’est vivant. Ça me rapproche lentement d’un archétype très précis que je commence à embrasser avec une tendresse un peu inquiétante: la tante drôle et légèrement psychotique. Celle qui fait encore de l’art, mais entre deux sessions spa qui coûtent un rein, trois siestes sonores avec des bruits de forêt (ou Chuck des Sum 41, au choix), et une quantité franchement abusive de brunchs et de matcha. Celle qui a toujours une anecdote un peu trop personnelle et un regard un peu trop fixe.
(non, vraiment, quel disque)
Et puis là, on a la semaine Coachella. J’ai voulu regarder le line-up, par réflexe, comme on ouvre un frigo vide en espérant un miracle. Et rien. Pas d’excitation, pas de curiosité, juste une espèce de silence intérieur. Avant, Coachella, ce n’était même pas la musique. C’était les looks. C’était observer des gens très beaux essayer d’avoir l’air détaché dans un décor poussiéreux, avec des bottes impossibles et des lunettes qui crient ne me regarde pas tout en suppliant le contraire. Une sorte de défilé sous perfusion d’ego, et ça me suffisait.
Maintenant, même ça ne prend plus. Tout a déjà été vu, digéré, recyclé, reposté. Il n’y a plus de surprise, juste des variations sur un thème fatigué. Peut-être que l’algorithme a tout aplati. Peut-être que j’ai changé. Peut-être les deux, ce qui est encore pire.
Et puis surtout, il y a un problème de fond: tu ne peux pas passer après la performance de l'année dernière de Lana Del Rey. Ce n'est juste pas possible. Cest comme vouloir parler après quelqu’un qui vient de pleurer parfaitement. Genre, non. Assieds-toi. Bois de l’eau. Revois tes ambitions à la baisse.
Parfois, le vrai luxe, c’est de savoir quand s’arrêter. Et moi, visiblement, j’ai choisi l’option inverse: continuer, mais autrement. Un peu de travers, un peu trop, mais au moins à ma manière. Danser comme Lea Seydoux dans un joli film français plutôt que dans le désert durant un week end hors de prix que tout le monde aura oublié le mois prochain.



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