I'm on the outside of the greatest inside joke

Ça faisait deux semaines que je n'avais pas lu un bouquin. Deux semaines. Pour quelqu'un qui structure sa vie affective autour de la lecture, c'est le genre de stat qui justifie qu'on sonne l'alarme, qu'on prévienne les proches, qu'on ouvre une cellule de crise. Je l'ouvre donc ici, sur ce blog, parce que c'est à ça que ça sert.

La recherche d'un truc à lire a été moins glorieuse que prévu. J'aurais pu tomber sur un roman qui allait me changer la vie, sur une essayiste que je ne connaissais pas encore, sur n'importe quoi d'un peu ambitieux. Je suis tombée sur un vieux cahier de mots mêlés. Et la vérité, la vérité un peu difficile à admettre, c'est que j'étais contente. Vraiment contente. Parce que les mots mêlés c'est une des grandes joies discrètes de l'existence, le genre de plaisir qu'on ne revendique pas en société mais qu'on pratique avec une régularité et une ferveur qui feraient honte si quelqu'un regardait.

Donc j'ai fait ce qui s'imposait. Je me suis chauffée une bouillote, je l'ai fourrée derrière mon dos qui me trahit depuis quelques semaines, je me suis installée, et j'ai passé un moment en osmose complète avec mon moi de quatre-vingts ans. C'était bien. C'était même très bien. Et ça m'a posé une question sur laquelle je bute encore un peu : est-ce que je vais être ce genre de vieille ?

La réponse honnête c'est non, probablement pas. Ou alors oui, mais autrement. Parce que quand j'essaie de me projeter dans ma vieillesse, ce que je vois ce n'est pas une bouillote et des mots mêlés dans un appartement silencieux. Ce que je vois c'est le PMU du bas de ma rue. J'y vais tous les midis, je mange ce qu'il y a, je connais les gens par leur prénom ou par leur habitude, et de temps en temps je joue aux courses sans vraiment savoir ce que je fais mais avec beaucoup de conviction. Ce genre de vieille. Celle qui a un endroit à elle qui n'est pas chez elle, une table qu'on lui garde sans qu'elle ait besoin de demander, et une façon d'occuper l'espace qui dit clairement qu'elle a arrêté depuis longtemps de chercher l'approbation de quiconque.

Finalement je crois que les deux coexistent. La bouillote et le PMU. Le dedans et le dehors. Les mots mêlés un soir de semaine et les courses le samedi midi avec un demi pression. Ce n'est pas une contradiction. C'est juste un programme.

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