J'ai mal aux dents. Pas le genre de mal aux dents discret qui te rappelle poliment que t'as pas raté un rendez-vous chez le dentiste. Le genre de douleur qui s'installe comme un colocataire non désiré, qui prend toute la place, qui mange ta nourriture, qui te regarde dormir. La douleur dentaire c'est une des grandes injustices de l'existence parce qu'elle est à la fois insupportable et complètement ridicule à expliquer aux autres. T'as mal aux dents. C'est pas une guerre, c'est pas un deuil, c'est pas quelque chose qui justifie qu'on t'apporte une soupe et qu'on te tienne la main. Et pourtant tu veux juste caner. Tu veux t'allonger par terre et attendre que quelqu'un vienne t'identifier.
Donc à part me plaindre, je n'ai rien fait cette semaine. Enfin si, j'ai joué aux fléchettes et j'ai gagné, ce qui est peut-être la seule chose qui m'a maintenue en vie. Il y a quelque chose de profondément satisfaisant dans le fait de lancer un objet pointu avec précision quand tu souffres. Une forme de catharsis low-cost. Je recommande à tout le monde, surtout en période de crise dentaire, de découvrir qu'on est meilleur aux fléchettes qu'on pensait. Ça ne remet pas les dents en état mais ça remet le moral à peu près à la verticale.
J'ai aussi des envies de blind test en ce moment. C'est une pulsion qui revient périodiquement, comme les épisodes de grippe ou l'envie soudaine de réorganiser ses placards. Jéhanne me parle tout le temps de ses victoires et j'ai compris que ce qu'elle me vend sans le savoir ce n'est pas du divertissement, c'est de la thérapie. Parce que le blind test c'est un des rares endroits dans la vie adulte où les compétences qu'on a développées par accident deviennent des super-pouvoirs. Connaître l'intégralité du catalogue de tubes pourris des années 80 parce qu'on traînait dans la cuisine de sa mère pendant qu'elle faisait la vaisselle, c'est inutile dans à peu près tous les contextes sauf celui-là. Et là c'est une arme de destruction massive. Je veux cette victoire. J'en ai besoin. C'est mon truc, ça, d'ailleurs. Toujours partante pour être une meilleure version de moi-même, surtout quand ça implique d'écraser des gens sur des questions de Patrick Sébastien.
Sinon, toujours en attente de la nouvelle saison d'Euphoria. Le machin traine tellement à sortir que j'ai eu le temps de sombrer dans la drogue et d'en sortir. Ce qui est quand même un arc narratif personnel assez complet pour une période d'attente entre deux saisons. HBO sait probablement quelque chose qu'on ne sait pas. Peut-être que la saison 3 sort dans un format réalité augmentée directement dans notre cortex et qu'ils attendent juste que la technologie suive. Peut-être qu'ils finissent les décors à la main. Peut-être que Sam Levinson a eu une autre idée de génie à trois heures du matin et qu'ils ont tout recommencé. Dans tous les cas j'attends et je vieillis et la douleur dentaire continue.
Après, la vraie raison pour laquelle j'ai hâte c'est Alexa Demie. Pas le show, pas les twists, pas savoir ce qui arrive à Rue. Alexa Demie. Je ne sais pas exactement ce qu'elle était censée devenir quand elle a débarqué dans Euphoria mais je crois qu'elle est devenue quelque chose qui n'avait pas de case prévue. Une icône c'est un mot qu'on utilise trop et mal mais là je crois qu'il s'applique vraiment, pas parce qu'elle joue bien, pas parce qu'elle est belle, mais parce qu'elle existe d'une façon qui dépasse complètement le cadre du rôle. Je ne sais pas comment elle fait ça. Je soupçonne que c'est inné et que ce n'est pas enseignable et que ça rend jaloux tout le monde qui essaie très fort de rayonner sans y arriver.
Je commence à m'endormir. Les cachets commencent à faire effet et ma dent se tait enfin, provisoirement, le temps que la chimie fasse son travail. C'est ça aussi la vie adulte. Pas la sagesse, pas la sérénité, juste l'ibuprofène qui finit par gagner. Bonne nuit.
there's a time to f*** and a time to crave
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