Emma Roberts, c’est un phénomène que je comprends pas tout à
fait mais que j’accepte complètement. Dès que mars se pointe, avec sa lumière
encore hésitante, ses 12 degrés qui font croire que c’est le printemps alors
que c’est juste l’hiver qui se cherche, je pense à elle. Automatiquement. Comme
un réflexe conditionné.
Sa garde-robe. Ses shootings dans l’herbe. Son club de lecture qu’elle tient
avec l’énergie tranquille de quelqu’un qui a décidé que la vie pouvait être
belle et que c’était pas une faiblesse de le montrer. Elle dégage quelque chose
d’indéfinissable, cette fille. Un truc léger et solide en même temps. L’effet
exact d’un beau dimanche matin de mars où t’es dehors avec un bouquin, sous un
arbre qui commence à peine à avoir des feuilles, et le soleil fait exactement
ce qu’il faut, ni trop, ni trop peu, et pendant quarante minutes t’as l’impression
que tout va bien dans ta vie.
Emma Roberts me fait cet effet-là. Systématiquement.
Dommage que ce soit une connasse.
Voilà. Les deux choses sont vraies en même temps et je m’en accommode très
bien. C’est même presque reposant, une admiration sans illusions. T’as pas à
choisir. T’admires la vibe, tu gardes les yeux ouverts. C’est propre.
J’attendais ce week-end comme le messie. Pas métaphoriquement. Vraiment. Avec
la même énergie fiévreuse d’une personne qui a placé toute sa foi dans une date
sur le calendrier et qui recommence à respirer normalement seulement quand elle
arrive.
Hier matin, sanglots dans la gorge. Pas de raison particulière, pas de
déclencheur identifiable, pas d’événement dramatique à raconter ensuite. Le
corps qui décide tout seul que c’est le moment, que le compteur est plein, que
ça va déborder et que de toute façon t’avais pas voix au chapitre.
J’ai pleuré. Une bonne matinée. Le dos en vrac, ce putain de dos qui stocke
tout, qui compresse tout, qui garde la mémoire de chaque truc que j’ai ravalé
depuis des semaines comme une archive mal organisée. J’avais mal partout, mais
le dos surtout, ce dos de merde qui joue les lanceurs d’alerte quand le reste a
décidé de faire semblant.
Et puis lâcher. Vraiment lâcher. Laisser partir sans essayer de gérer, sans
mettre un couvercle dessus, sans faire l’exercice.
Parce que t’as ça en sophro, mettre le doigt entre les deux yeux pour contenir.
Ça marche. Vraiment. C’est efficace et un peu magique et complètement bizarre à
expliquer à quelqu’un qui a jamais essayé. Mais là, hier matin, c’était pas ce
dont j’avais besoin. Pas contenir. Pas maintenir. Pas tête droite, pas ravaler,
pas tenir la forme.
Juste laisser partir.
Et c’était comme une renaissance. J’exagère à peine.
Mon problème fondamental, celui que j’identifie très bien et que je règle pas
pour autant, c’est que je sais pas tout faire partir. Y a toujours un résidu.
Un truc que je garde en réserve, que je maintiens serré quelque part, comme si
lâcher complètement était dangereux. Comme si le fond du fond, c’était une zone
interdite. Alors je pleure jusqu’à un certain point et ensuite quelque chose en
moi remet les digues en place et dit OK c’est bon, on a fait ce qu’on
pouvait, reprends-toi.
Un jour faudra que je règle ça. Probablement. En attendant.
J’ai joué avec Francette hier. Elle a un nouveau harnais. Motif léopard. Et
elle l’adore, ça se voit, cette façon qu’elle a de se tenir dedans, de bouger
avec, comme si elle savait exactement l’effet que ça fait et qu’elle était
entièrement d’accord avec. Ma petite mannequin.
Il y a quelque chose de très bien, dans une journée qui commence par des larmes
et finit avec un chihuahua en harnais léopard qui te regarde avec toute la
condescendance du monde. Une espèce de remise à l’échelle. Le cosmos qui te
rappelle que t’es pas le centre du drame, que la vraie star de cet appartement
a quatre pattes et de très bons goûts vestimentaires.
Ça aide, ces petites choses. Franchement.
another day to go nowhere
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