
Le
samedi matin, c’est ma matinée grosse bourge de gauche. C’est comme ça.
J’ai arrêté de lutter contre l’évidence. Il y a des gens qui vont courir dix
kilomètres ou qui font du yoga très sérieux avec des playlists tibétaines. Moi
je fais ça. J'explique.
Ça commence par un petit déjeuner complètement abusé. Pas le café avalé en diagonale avant de partir travailler. Non. Un vrai truc. Pain de seigle, avocats, fruit, lait végétal, parfois un yaourt au soja si je veux me donner un air discipliné. La table ressemble vaguement au brunch d’une Kardashian, sauf qu’au lieu d’être dans une villa à Calabasas je suis juste chez moi en chaussettes. Je mange lentement. Je regarde par la fenêtre. J’ai l’air de réfléchir à des choses profondes alors qu’en réalité je suis juste très contente d’avoir du pain.
Après ça je vais au marché. Évidemment. Sinon la matinée perd tout son sens. Là-bas je deviens instantanément le genre de personne qui parle de saisonnalité des légumes avec beaucoup trop de conviction. Je regarde les tomates comme si j’allais écrire un essai dessus. Je choisis des courgettes en hochant la tête, très sérieuse, comme si je prenais une décision importante pour l’avenir de la civilisation. Au final je repars avec un tote bag rempli de trucs verts et l’impression d’avoir fait quelque chose de bien.
Ensuite je passe à la librairie. Et là je traîne. Longtemps. Parce que la librairie est probablement le seul endroit où je peux me comporter comme si le travail n’existait pas. Je feuillette des bouquins de socio, je regarde la littérature féministe, je lis des résumés avec un air très absorbé. De l’extérieur on pourrait croire que je prépare une thèse sur l’époque. En réalité j’essaie surtout de trouver un livre qui me donnera l’impression d’être un peu plus intelligente que la semaine dernière.
Parfois je pousse jusqu’au magasin bio pour acheter des compléments alimentaires. Parce que le veganisme commence à rôder autour de moi. Pas encore un virage radical, plutôt une petite idée qui s’installe tranquillement. Je regarde les flacons de vitamines comme si c’était des élixirs mystérieux capables de transformer ma vie. Je finis par en prendre un ou deux en me disant que ça ne peut pas faire de mal. C’est une stratégie scientifique assez simple.
Et puis je passe boire un thé chez une voisine. Oui, je suis ce genre très précis de citadine qui connaît ses voisins et qui peut sonner chez eux sans prévenir. On se retrouve dans sa cuisine, on parle de tout et de rien, on commente la vie comme si on était deux éditorialistes fatiguées mais lucides. Et parfois on ouvre la fenêtre et on fume une cigarette parce qu’on n’a pas encore totalement quitté notre petite nostalgie indie sleaze. Disons qu’on garde ça comme un accessoire.
Ça commence par un petit déjeuner complètement abusé. Pas le café avalé en diagonale avant de partir travailler. Non. Un vrai truc. Pain de seigle, avocats, fruit, lait végétal, parfois un yaourt au soja si je veux me donner un air discipliné. La table ressemble vaguement au brunch d’une Kardashian, sauf qu’au lieu d’être dans une villa à Calabasas je suis juste chez moi en chaussettes. Je mange lentement. Je regarde par la fenêtre. J’ai l’air de réfléchir à des choses profondes alors qu’en réalité je suis juste très contente d’avoir du pain.
Après ça je vais au marché. Évidemment. Sinon la matinée perd tout son sens. Là-bas je deviens instantanément le genre de personne qui parle de saisonnalité des légumes avec beaucoup trop de conviction. Je regarde les tomates comme si j’allais écrire un essai dessus. Je choisis des courgettes en hochant la tête, très sérieuse, comme si je prenais une décision importante pour l’avenir de la civilisation. Au final je repars avec un tote bag rempli de trucs verts et l’impression d’avoir fait quelque chose de bien.
Ensuite je passe à la librairie. Et là je traîne. Longtemps. Parce que la librairie est probablement le seul endroit où je peux me comporter comme si le travail n’existait pas. Je feuillette des bouquins de socio, je regarde la littérature féministe, je lis des résumés avec un air très absorbé. De l’extérieur on pourrait croire que je prépare une thèse sur l’époque. En réalité j’essaie surtout de trouver un livre qui me donnera l’impression d’être un peu plus intelligente que la semaine dernière.
Parfois je pousse jusqu’au magasin bio pour acheter des compléments alimentaires. Parce que le veganisme commence à rôder autour de moi. Pas encore un virage radical, plutôt une petite idée qui s’installe tranquillement. Je regarde les flacons de vitamines comme si c’était des élixirs mystérieux capables de transformer ma vie. Je finis par en prendre un ou deux en me disant que ça ne peut pas faire de mal. C’est une stratégie scientifique assez simple.
Et puis je passe boire un thé chez une voisine. Oui, je suis ce genre très précis de citadine qui connaît ses voisins et qui peut sonner chez eux sans prévenir. On se retrouve dans sa cuisine, on parle de tout et de rien, on commente la vie comme si on était deux éditorialistes fatiguées mais lucides. Et parfois on ouvre la fenêtre et on fume une cigarette parce qu’on n’a pas encore totalement quitté notre petite nostalgie indie sleaze. Disons qu’on garde ça comme un accessoire.
À ce
stade de la matinée, il ne me manque plus qu’un loulou de Poméranie sous le
bras pour compléter la scène. Un petit chien ridicule et adorable pendant que
je parle de théorie féministe et que j’achète des avocats bio. Franchement,
avec ça je pourrais presque me présenter dans la même catégorie rock un peu
indisciplinée que Courtney Love. Bon, ce serait un concours imaginaire,
évidemment. Mais le samedi matin a ce pouvoir bizarre. Pendant quelques heures,
on a l’impression que la vie est simple, qu’on a tout le temps devant soi, et
que la seule chose vraiment urgente c’est de choisir entre des tomates
anciennes et des tomates normales. Et c’est déjà pas mal.


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