J’ai vu Coco Mellors ce soir. C’est vraiment un truc que
j’aime faire. Voir des écrivaines. Les écouter parler de leur travail, de leurs
obsessions, de leurs livres, de ces petites choses très concrètes qui
deviennent soudain de la littérature. Il y a quelque chose d’assez simple
là-dedans, presque enfantin: quelqu’un écrit, quelqu’un lit, et pendant une
heure on parle de cette passerelle invisible entre les deux.
Le problème, c’est que je me rends toujours compte que j’aime ça au moment
précis où j’y suis. Jamais avant. C’est toujours la même scène : je suis assise
sur une chaise pliante dans une librairie, un verre de vin blanc tiède à la
main (non mais vous voyez l’idée), et je me dis soudain: ah oui, mais en fait j’adore
ça. Pourquoi je ne fais pas ça plus souvent?
Et ensuite, évidemment, la vie reprend. L’euphorie retombe. Je rentre chez moi,
je pose le livre sur une pile déjà trop haute, et j’oublie littéralement que
ces soirées existent. Je peux passer trois ans sans même regarder la vitrine de
la librairie de mon quartier. Trois ans à passer devant sans lever les yeux.
Et puis, sans prévenir, le hasard. Un midi. Un marché. Rien de très littéraire
comme décor: des cageots de légumes, l’odeur du poulet rôti, des gens qui
comparent le prix des tomates. Et moi, au milieu de tout ça, en train de
préparer mentalement mes sorties du mois comme si j’organisais une petite
saison culturelle privée.
Il y aura l’expo Nan Goldin. J’imagine déjà les photos un peu mélancoliques,
cette façon qu’elle a de transformer des fragments de vie en quelque chose de
presque sacré. Il y aura aussi le film Woman and Child. Rien que le
titre me plaît. C’est souvent comme ça avec les films: je tombe amoureuse du
titre avant même d’avoir vu la première image.
Entre deux sorties, j’écouterai sûrement en boucle le dernier titre d’Angèle
avec Justice. Ces chansons qui arrivent dans votre vie sans prévenir et qui
deviennent la bande-son de quelques semaines. On ne sait jamais très bien
pourquoi celle-là plutôt qu’une autre.
Je me brancherai enfin sur la troisième saison de Yellowjackets.
Tout le monde parle depuis des semaines autour de moi de la saison 4 et, comme
toujours, j’ai trois trains de retard. Mais c’est aussi ça que j’aime: sentir
qu’on rejoint une conversation qui a commencé sans nous.
Bref, tout ça pour dire que je vais probablement recommencer à faire ce que j’aime
faire : sortir pour voir des écrivaines parler de leurs livres, rentrer chez
moi un peu euphorique, promettre de le faire plus souvent… et oublier pendant
trois ans.
C’est un cycle assez fiable, finalement.



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