attention. ce post est pour les lovers.

Munissez-vous de guimauve, de roses rouges et de bougies Yankee Candle. De mon côté, il y a un cendrier qui déborde et une série de questions que je n’ai plus envie de faire taire.

Depuis quelque temps, je fais un bilan. Pas celui, un peu théâtral, qu’on fait à vingt ans pour donner une forme à sa souffrance. Un bilan plus calme, plus précis, sans le filtre romantique qu’on applique souvent a posteriori pour rendre certaines histoires supportables. Je regarde les choses comme elles ont été. Les élans, les ratés, les moments de présence réelle et ceux, plus nombreux qu’on ne voudrait l’admettre, où l’on reste sans être vraiment là.

Et ce qui revient, avec une régularité presque mécanique, c’est ça. Je suis une excellente amie. Loyale, disponible, capable de soutenir quelqu’un sans compter. Mais une compagne, au sens classique du terme, au sens attendu, celui qui mène quelque part de défini, je ne suis pas certaine de l’avoir jamais été. Ni même d’avoir réellement cherché à l’être.

C’est là que le malentendu commence. Parce que, de l’extérieur, je coche suffisamment de cases pour que l’histoire paraisse crédible. Pendant longtemps, j’ai cru que cela suffisait. Qu’en réunissant les bons éléments, attention, humour, stabilité relative, quelque chose finirait par tenir. Comme si l’amour relevait d’une logique d’assemblage. Or, ce n’était pas tant une tentative sincère qu’une forme d’adhésion à un scénario que je n’avais jamais vraiment interrogé.

Ce scénario, je l’ai pourtant toujours tenu à distance. Très tôt, sans fracas, sans revendication particulière, certaines choses ne faisaient simplement pas partie de ce que j’imaginais pour moi. Le mariage, les enfants biologiques, une trajectoire linéaire. Ce n’était ni une posture ni une réaction. Plutôt une forme de cohérence interne, stable dans le temps, construite à partir de ce que j’observais autour de moi.

Et puis il y a eu une rupture qui n’en était pas une. Pas une séparation, pas une fin progressive. Une disparition. Un accident. Quelqu’un que j’aimais vraiment, d’une manière que je n’ai comprise que trop tard. Quelque chose de vivant, justement. Quelque chose que je n’ai pas su chérir à la hauteur de ce que c’était. Et qui s’est arrêté net, sans négociation possible, sans seconde tentative.

La mort a cette brutalité-là. Elle ne laisse aucune place à la réécriture. Elle fige les choses dans leur état imparfait. Elle enlève toute illusion de contrôle. Et surtout, elle rend très difficile de croire encore que la durée, à elle seule, aurait une valeur.

Après ça, certaines évidences ne tiennent plus. L’idée qu’il faudrait préserver à tout prix, tenir coûte que coûte, faire durer même quand l’élan n’est plus là, me paraît plus fragile qu’avant. J’ai vu ce que c’était, quelque chose qui s’arrête sans prévenir. Et ça laisse une trace particulière. Pas seulement du manque. Une forme de lucidité un peu sèche.

Alors oui, j’ai observé aussi les autres. Des couples qui ne se détestent pas vraiment, mais qui avancent par inertie. Des vies partagées qui tiennent davantage par habitude que par désir. Rien de spectaculaire, rien de franchement malheureux. Et c’est peut-être ce qui est le plus troublant. Cette manière de continuer sans se demander si l’élan est toujours là. Comme si la durée suffisait à justifier la présence.

Je ne crois pas que l’amour soit une destination. Ni un contrat qu’il faudrait honorer coûte que coûte. Je le vois plutôt comme une suite de rencontres qui déplacent, qui obligent à se regarder autrement, qui laissent une trace. Pas nécessairement heureuse, mais signifiante. La différence, pour moi, est là. Être transformée plutôt que retenue.

Cela ne signifie pas que tout m’est indifférent. Ni que je sois imperméable à l’attachement, à la peur de perdre, ou même, parfois, à l’envie très simple que quelque chose dure. Mais je me méfie de ce qui dure uniquement parce qu’on a décidé que cela devait durer. De ce glissement discret entre choix et contrainte, entre engagement et renoncement à soi.

On m’a déjà dit que c’était une forme d’immaturité. Je n’en suis plus si sûre. Il me semble au contraire qu’il faut une certaine lucidité pour reconnaître qu’une décision prise à un moment donné ne devrait pas engager toute une vie si elle ne correspond plus à ce que l’on est devenu. La cohérence n’est pas la rigidité. Et rester n’est pas toujours une preuve de profondeur.

S’accrocher à quelque chose qui ne tient plus a souvent plus à voir avec la peur qu’avec l’amour. Peur du vide, peur de recommencer, peur de se retrouver seul face à soi-même sans structure. C’est compréhensible. Mais ce n’est pas, à mes yeux, une base suffisante.

Ce que je cherche, si cela existe, est plus simple et plus exigeant à la fois. Quelque chose de vivant. Une présence qui ne repose pas uniquement sur un cadre, mais sur un choix renouvelé. Non pas fuir, mais choisir. Non pas rester par défaut, mais parce que cela a encore du sens.

Je sais que pour certains, ce sens passe par une construction classique, un foyer, une continuité. Et je n’ai rien à opposer à cela. Simplement, ce n’est pas la forme que cela prend pour moi. Et il m’a fallu du temps pour cesser de considérer cette différence comme un problème à corriger.

L’amour que je conçois aujourd’hui n’est pas celui qui tient parce qu’il est sécurisé. C’est celui qui tient parce qu’il mérite, chaque jour, de continuer à exister. Sans garantie. Sans automatisme. Ou pas du tout.

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