it’s about the passion to make art even when you don’t make it


Je ne poste pas souvent d'avis sur des bouquins de photographie mais celui de Booty Holler sur le Seattle post-grunge manquait clairement à ma vie.

Bootsy Holler débarque à Seattle en 1992 avec ce que tout le monde a à 23 ans: rien de solide, une intuition, et l’envie désespérée de trouver des gens qui lui ressemblent. Ce qu’elle trouve, c’est une scène. Pas la scène, celle-là était déjà en train de s’évaporer en fumée de cigarette et en mythe MTV. Layne Staley décède un peu après son arrivée. Nirvana joue dans des arènes. Le mot grunge existe maintenant, ce qui veut dire que le truc est mort. Elle arrive dans les décombres glorieux d’un mouvement et décide que c’est exactement là qu’elle veut être.

Parce que ce qu’elle documente, ce n’est pas la légende. C’est l’après. Les gamins poussés hors de la ville par une loi absurde sur les concerts pour mineurs, qui se retrouvaient à Bellevue, Issaquah, dans des salles de banlieue, et qui disaient fuck you et faisaient leur truc quand même. C’est de là que sortent Modest Mouse et les Murder City Devils. La rébellion contre la rébellion. Le punk qui se rebelle contre le punk qui est devenu une marque déposée. Il y a quelque chose de profondément logique là-dedans, et de profondément triste aussi, et Bootsy le voit avec son Canon AE-1 et une seule focale parce que c’est tout ce qu’elle peut se payer.

Ce qui me frappe dans ses photos, et je vais être honnête, c’est l’absence totale de posture. Personne ne pose. Personne ne performe pour l’objectif. Les gens existent, c’est tout, et Bootsy est là parce qu’elle fait partie du décor depuis assez longtemps pour qu’on l’oublie.

C’est ça le truc avec la photographie de scène faite par quelqu’un qui est vraiment dans la scène, tu sens la différence immédiatement. Elle documentait sa vie. Les musiciens, les bookers et les videurs étaient ses amis. Elle allait voir des groupes qu’elle aimait, dans des endroits où elle pouvait entrer gratuitement. Elle ne savait pas qu’elle était au milieu de quelque chose de nouveau.

Moi je m’y retrouve pour une raison précise et un peu honteuse: je suis arrivée trop tard à tout. Trop tard pour le punk des années 80, trop tard pour la scène post-punk qui m’aurait convenu, trop tard pour ces salles enfumées où l’on ne savait pas encore qu’on vivait quelque chose d’important. Et il y a quelque chose de profondément réconfortant dans le travail de Bootsy, l’idée que la deuxième vague compte autant que la première. Que les gamins qui n’ont pas vu Nirvana au Crocodile existent quand même. Autrement.

MAKiNG iT (Damiani Books, 2025): pour ceux qui aiment arriver dans les décombres et trouver ça suffisant.

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