Je dois admettre que j’aime bien la nouvelle moi qui est en
réalité la moi avant que je ne devienne l’ancienne moi. Ce qui est une phrase
absolument imbuvable à dire à voix haute mais qui a le mérite d’être vraie. Se
retrouver, c’est un soulagement. Pas le genre de soulagement spectaculaire qu’on
voit dans les films. Pas de larmes sur fond musical, pas de coucher de soleil
symbolique, pas de zoom lent sur un visage qui sourit enfin. Non. C’est plus
discret que ça. C’est le genre de soulagement qui ressemble à enlever des
chaussures trop serrées qu’on portait depuis tellement longtemps qu’on avait
oublié que les pieds pouvaient ne pas faire mal.
Ça a quelque chose de très doux en goût. De l’ordre d’un déjeuner fancy au bord
de mer (pas le bord de mer gris et venteux où on mange un sandwich en
plastique en regardant un chien mouillé courir après une mouette). Non. Le bord
de mer où la nappe est blanche, où quelqu’un a mis une fleur dans un vase alors
que c’est complètement inutile et c’est exactement pour ça que c’est bien, où
le poisson est si frais qu’il n’a pas besoin d’être autre chose que lui-même.
Un endroit où personne ne regarde son téléphone parce que la réalité, pour une
fois, gagne haut la main contre le scroll infini.
Oui, mon nouveau moi (qui est l’ancien moi, on a établi que c’était compliqué) a
toujours eu une passion secrète pour le luxe. Pas le luxe clinquant, pas le
luxe qui se porte autour du cou pour qu’on le voie depuis l’autre bout du
restaurant. Le luxe silencieux. Celui qui se glisse dans les détails: le poids
d’un verre bien fait, le son d’une porte qui se ferme sans claquer, un café qui
arrive exactement à la bonne température comme si quelqu’un avait calculé ça
pour toi spécifiquement. Le luxe qui dit: ici, on a réfléchi. Ici, quelqu’un a
pris la peine.
Mon côté anarchiste caviar. Parce que oui, les deux coexistent très bien, merci
de poser la question. On peut trouver le système profondément absurde et quand
même apprécier que le beurre soit à température ambiante. On peut vouloir
renverser la table et prendre le temps de choisir la bonne table avant de la
renverser.
Alors voilà. Je suis de retour. Ou plutôt, j’étais déjà là, j’avais juste égaré
mes propres coordonnées GPS pendant un moment. Ce qui arrive. Ce qui arrive
même aux gens qui ont une très bonne mémoire et un sens de l’orientation que
leurs amis trouvent franchement agaçant. On se perd. Puis on commande quelque
chose de déraisonnablement bon au bord de l’eau, et l’adresse se remet à
exister.
I'm still here I think I'm still here the mail comes in my name the mirror has my face
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